Passer du mythe de la croissance au respect de la vie

Analyse / Je veux d'abord mentionner toute ma solidarité envers nos concitoyens qui se remettent des inondations. Et si ces événements étaient un avant-goût de ce que nous réservent les changements climatiques auxquels nous participons tous jour après jour? Nous savons que les changements climatiques intensifient certains épisodes météorologiques. Voir des Québécois vivre cette situation devrait nous inciter encore davantage à agir dès maintenant.
Lundi sera la Journée internationale de la biodiversité. Les Nations Unies invitent la population à considérer la richesse et la précarité des écosystèmes sur lesquels se fonde la vie sur Terre. Nous avons parfois l'impression que la vie a comme base les rendements des actions et la croissance des entreprises. Mais nos décisions ne devraient-elles pas placer la nature et l'humain au coeur de nos préoccupations?
En fait, la population d'humains toujours en croissance crée une pression inouïe sur la Terre. D'une part, nous utilisons de plus en plus de ressources et d'autre part, nos actions engendrent des problèmes de plus en plus criants. Que la Terre porte des écosystèmes en santé est vital. Ils maintiennent les conditions indispensables à la vie sur Terre par la photosynthèse (qui permet aux végétaux de fournir l'oxygène essentiel à la vie), la régulation du climat, la prévention de l'érosion, la pollinisation et plus encore.
L'Union internationale pour la conservation de la nature résume ainsi la situation : 41 % des espèces amphibies, 33 % des barrières de corail, 25 % des mammifères, 20 % des plantes et 13 % des oiseaux sont menacés. Selon la WWF (World Wide Fund for Nature), la biodiversité globale de la Terre a diminué de 28 % entre 1970 et 2008. Cette observation amène certains scientifiques à affirmer que nous sommes entrés dans la sixième grande extinction des espèces.
Alors que les extinctions précédentes étaient dues à des phénomènes naturels, l'humain est responsable de celle qui s'amorce. Premièrement, la biodiversité est réduite par la dégradation des milieux naturels comme la déforestation et la destruction des milieux humides (étangs, marais, marécages, tourbières). Au Québec, nous perdons des milieux humides chaque année. Ces milieux permettent la filtration des sédiments et des polluants de l'eau, régularisent les phénomènes naturels comme les inondations et les sécheresses, tout en offrant un habitat de choix à une faune et une flore extrêmement diversifiées. Deuxièmement, la surexploitation des ressources naturelles, comme la surpêche, réduit le nombre d'espèces. Troisièmement, la pollution affecte la biodiversité. Par exemple, le rejet d'engrais par la production agricole entraîne la prolifération d'algues qui limitent l'oxygène disponible dans l'eau et le nombre d'espèces pouvant y vivre. Et finalement, les changements climatiques ont un rôle prépondérant en induisant plusieurs décalages entre les besoins des espèces et la disponibilité des ressources.
Regardons la situation de deux espèces emblématiques du Canada : le béluga et l'ours polaire. Le Comité sur le statut des espèces en péril du Canada (COSEPAC) considère que la population de bélugas de l'estuaire du Saint-Laurent est menacée de disparition. La précarité des populations de bélugas est due principalement à la pollution, au trafic maritime, aux activités d'observations en mer et aux changements climatiques. Sur ce dernier point, notons que ce mammifère marin n'a pas de nageoire dorsale ce qui lui permet de se déplacer dans des eaux pourvues de glaces flottantes. Comme le béluga nage lentement, la banquise le protège contre son prédateur l'épaulard qui, lui, est muni d'une nageoire dorsale et doit attendre la fonte des glaces pour atteindre les bélugas. Les changements climatiques entrainent la fonte précoce des glaces et réduisent ainsi la survie des bélugas.
En ce qui concerne l'ours polaire, il est considéré comme une espèce menacée dans certains secteurs du Canada. Les changements climatiques sont ici également la principale cause de ce déclin. La fonte hâtive des glaces limite leurs captures de phoques. Maintenant, certains ours ne réussissent plus à se nourrir adéquatement et meurent de sous-alimentation.
Le nombre d'humains et nos activités ont une influence sans précédent sur les autres espèces sur la Terre. Mais est-ce que les humains ont un droit sur des vies non humaines? Comment se fait-il qu'une espèce qui se dit intelligente soit l'instigatrice de la disparition d'autant d'espèces?
Nous exploitons les ressources exceptionnelles que la Terre met à notre disponibilité. Nous devons constater qu'en brisant des maillons des écosystèmes, nous mettons leurs équilibres en péril. Chaque personne est responsable de ses agissements et de leurs impacts sur la nature. Prenons le temps de réduire notre consommation de biens, d'énergie, d'eau et de produits chimiques de toutes sortes pour une meilleure qualité de notre vie et la protection des autres espèces.
Le rôle de l'humain n'est pas d'exploiter les ressources en visant une croissance sans fin, mais de respecter et de prendre soin de toute vie avec bienveillance.
Lucie Laramée est spécialiste en environnement.