En 2018, le Service de police de la Ville de Lévis a enregistré 127 plaintes de violence conjugale. Du nombre, 35 des victimes présumées étaient des hommes.

Pas «moumoune» d’appeler à l’aide

ÉDITORIAL / Les hommes n’ont plus peur de passer pour des «moumounes». S’ils s’estiment victimes de violence conjugale, ils n’hésitent plus à alerter la police, du moins sur le territoire de la ville de Lévis. Voilà un changement social positif. Les actes de violence sont à dénoncer, que ce soit une femme ou un homme qui en est victime.

«Violence conjugale. Signalements masculins en hausse à Lévis», titrait mardi Le Soleil. 

Notre journaliste Marc Allard écrit que les policiers de cette ville ne s’étonnent plus que des hommes rapportent avoir été frappés. «C’est de plus en plus fréquent», indique le porte-parole du Service de police. 

Rappel important, ce sont des femmes qui sont les principales victimes de violence conjugale.

Au Québec, 78 %, des victimes sont de sexe féminin, selon les données contenues dans le Plan d’action gouvernemental en matière de violence conjugale, 2018-2023, dévoilé en août. 

Selon des données de Statistique Canada de 2016, les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à subir des agressions sexuelles, à être battues, étranglées ou menacées avec une arme à feu ou un couteau.

Des statistiques qui ne dispensent pas pour autant de se préoccuper aussi du sort des hommes qui se retrouvent du côté des victimes à cause d’une conjointe ou d’un conjoint qui fait preuve de violence psychologique, verbale, physique ou économique. 

La violence conjugale, qu’importe ses formes ou ses auteurs, ne doit pas être banalisée. Qui plus est si de jeunes enfants et des adolescents en sont témoins. 

Pendant des décennies, et encore aujourd’hui, on a conseillé et répété aux femmes d’aller chercher de l’aide et de dénoncer les actes de violence qu’elles subissent de la part d’un amoureux ou d’un mari.

Le même réflexe a pris plus de temps à s’imposer chez les hommes. 

Ce n’est pas la manifestation d’actes de violence de la part des femmes qui est nouvelle, selon le chercheur Jacques Roy, du Réseau Masculinités et Société. Mais bien que des hommes osent aujourd’hui dénoncer et réclamer du soutien.

Ils ne se sentent pas moins virils, moins «hommes» parce qu’ils appellent à l’aide.

Leur intervention peut éviter une escalade de violence et une dégradation encore plus grande des relations du couple. 

M. Roy, qui est aussi intervenant social au centre de ressources pour hommes AutonHommie, estime que la hausse de signalements masculins à la police de Lévis est révélatrice d’un changement social.

Il y voit le recul de stéréotypes masculins rigides et traditionnels.

Si de jeunes hommes se sentent à l’aise d’appeler la police, c’est aussi le signe que les corps policiers recoivent leur plainte adéquatement. «On n’y va pas selon le sexe, on y va selon les faits», a expliqué au Soleil le porte-parole du Service de police de Lévis. 

C’est important que les hommes puissent recevoir des services adaptés à leurs besoins de la part des policiers, mais aussi du réseau de la santé et des services sociaux, ainsi que des groupes communautaires.

Le Québec s’est d’ailleurs doté l’an dernier d’un plan d’action ministériel pour la santé et le bien-être des hommes 2017-2022.

Le ministre Gaétan Barrette notait à cette occasion qu’intervenir sur les facteurs de vulnérabilité qui concernent davantage les hommes permet d’avoir une incidence positive sur leur santé, mais aussi sur celle de leur entourage, notamment leurs conjointes et leurs enfants. 

Il ne faudrait donc pas craindre qu’un soutien accru aux hommes se fasse au détriment des femmes. Les deux doivent avoir accès à des services et à des soins appropriés à leurs besoins.