Les parcs où il sera permis de fumer de la marijuana demeureront l’exception. Mais, au moins, ils pourront exister.

Pas de hordes de poteux dans les parcs

CHRONIQUE / Les parcs municipaux ne seront pas envahis de hordes de fumeurs de pot en raison des assouplissements présentés par le ministre Lionel Carmant.

Un régime général d’interdiction continuera de prévaloir. Les parcs où il sera permis de fumer de la marijuana demeureront l’exception. Mais, au moins, ils pourront exister.

Le «gros bon sens» duquel se réclame le gouvernement Legault a prévalu — du moins en partie. Ce sont les villes qui auront le dernier mot. Il le fallait. Ne serait-ce qu’au nom du principe d’autonomie municipale autour duquel il faut bien mettre un peu de chair de temps en temps, surtout dans un domaine pouvant en toute logique relever de la responsabilité des municipalités.

Cela étant, je suis persuadé qu’elles continueront en grande majorité de jouer la carte des interdits. C’est déjà le cas, par exemple, dans la capitale et à Lévis, depuis l’entrée en vigueur de la loi qui s’applique encore actuellement.

Des parcs de certains arrondissements de Montréal et d’autres, ailleurs au Québec, apparaîtront pour ce qu’ils sont : des cas à part.

Aucun sens

Le premier ministre lui-même a reconnu qu’interdire partout et en tout temps n’avait aucun sens pour les locataires qui ne pourraient pas fumer de cannabis chez eux en raison de l’opposition de leur propriétaire. On peut ajouter à l’argument de François Legault que fumer entre quatre murs est plus nocif qu’à l’extérieur.

En février, j’écrivais que personne ne pouvait sérieusement penser que le gouvernement Legault reculerait sur sa volonté de faire passer de 18 à 21 ans l’âge légal pour consommer du cannabis. Mais qu’il était invraisemblable qu’il soit demeuré réfractaire à toutes les autres propositions qui lui ont été faites. Voilà qui est en partie corrigé.

Permis ici? Pas là? Comment s’y retrouvera-t-on? se moquent plusieurs. C’est oublier que toutes les réglementations municipales ne sont pas identiques et que cette disparité ne pose pas de problème. On ne vit pas dans toutes les municipalités en même temps. On connaît celle où l’on vit. Et on est plus attentif à ce qui est permis ou ne l’est pas lorsqu’on est ailleurs.

Vote libre…

Si le gouvernement n’avait rien cédé, j’aurais estimé que son projet devait être soumis à un «vote libre». Je n’arrivais pas à croire que la rigidité qui prévalait jusqu’ici était du goût de l’ensemble de ses 75 députés.

Bien sûr, le gouvernement n’aurait jamais ouvert la porte à un vote libre... Cette ouverture n’apparaît que lorsque la direction d’un groupe parlementaire y voit un réel intérêt politique. Comme au printemps 2016 lorsque le chef caquiste avait autorisé ses députés à voter sans «ligne de parti» sur le registre des armes à feu.

Le dossier du cannabis est dans une rubrique à part à la Coalition avenir Québec (CAQ). Celle-ci avait annoncé ses intentions en pleine campagne pour l’élection partielle dans Louis-Hébert, en septembre-octobre 2017 — le scrutin qui a conduit l’actuelle ministre Geneviève Guilbault à l’Assemblée nationale. Et qui a lancé la CAQ sur le chemin de la victoire aux élections générales.

Les assouplissements demeureront insuffisants pour les partis d’opposition en raison du relèvement de la barre à 21 ans. Ils ne s’écarteront donc pas du chemin pour faciliter l’adoption du projet de loi. Le gouvernement tentera de les montrer du doigt en faisant valoir qu’il a bougé, lui.