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Partager la charge écomentale

Point de vue
Point de vue
La Tribune
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J’ai récemment mis en mots un état qui m’habite depuis longtemps et que je n’arrivais pas à bien saisir, ma charge écomentale. Je compare celle-ci à la charge mentale intangible vécue par une majorité de parents (majoritairement des femmes) responsables inégalement des tâches familiales. La charge écomentale cumule quant à elle une recherche de lucidité en lien avec les enjeux écologiques et une mise en action de prise en charge du problème.

La différence entre les deux charges est que la culture individualiste actuelle réduit la charge écomentale à de l’écoanxiété d’ordre personnel. Contrairement à la charge mentale d’une personne en « surcharge » de sa famille, il apparaitrait moral de dire à quelqu’un qui assume une charge écomentale de prendre une pause de son fil d’actualité, de ses engagements et de décrocher. Je me verrais mal dire à une mère de famille monoparentale : « laisse donc tes enfants à eux-mêmes et prends soin de toi ».

La charge écomentale prend source dans une responsabilité et une sensibilité qui vont au-delà de ses propres enfants. Il s’agit aussi de leur planète, leur avenir et celui de tous ces enfants qui autrefois avaient une valeur bien plus élevée. Il n’y a pas si longtemps, rappelons-nous que les générations qui les précédaient allaient même jusqu’à se sacrifier pour leur permettre d’avoir accès à mieux.

Il est maintenant courant d’inviter les personnes qui souffrent d’écoanxiété à passer à l’action pour soulager leur détresse. J’ai un malaise avec ce passage à l’action et je ne voudrais surtout pas retrouver la charge écomentale emprisonnée dans cette même logique insidieuse. Insidieuse, parce qu’elle vient encore une fois reposer le poids de la charge sur les épaules de la personne qui se sent responsable et non pas sur ceux et celles qui le sont véritablement. C’est-à-dire les personnes qui ont entre leurs mains le pouvoir que leur confèrent leur titre et leur argent.

En ne changeant pas radicalement notre rapport à la vie, tout bascule sans prévenir. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la science qui hurle à l’urgence d’agir. Aucun changement de cette ampleur ne se fera sans une solidarité et un renversement de culture aussi puissant que le défi auquel nous faisons face. J’ai besoin de me retrouver avec d’autres personnes courageuses qui portent cette charge écomentale. Je refuse de me faire violence en étouffant ma colère envers ceux et celles qui profitent du système et qui sèment le doute pour continuer à le légitimer.

Mais, manifester pour un monde bienveillant envers la planète et son écosystème est-il irresponsable dans le contexte sanitaire actuel? C’est vrai, il y a plus de chance d’attraper la COVID-19 en sortant dans la rue qu’en restant chez soi, quoique avec le masque et la distanciation physique je reste sceptique. Par contre, les probabilités de laisser en héritage un monde dévasté si je me laisse dominer par le déni et l’indifférence me semblent moralement beaucoup plus terrorisantes. Faute de mieux et parce que l’histoire nous y invite, j’appelle à vous manifester tous les jeudis midi devant l’hôtel de ville de Sherbrooke.

Louis-Philippe Renaud
Citoyen impliqué dans le mouvement Urgence climatique Sherbrooke