Parents pressés, PQ futé

ÉDITORIAL / Mini-révolution. Politique ambitieuse. Changement majeur. Engagement qui donnera davantage de temps aux familles. S’il faut en croire le Parti québécois, la vie des familles québécoises sera transformée si celles-ci sont libérées de la préparation des lunchs. Sérieusement?

Les familles avec de jeunes enfants seront encore très courtisées durant la présente campagne électorale et pas seulement par le parti de Jean-François Lisée.

Chaque formation arrivera avec des mesures pour faciliter la conciliation famille-travail-études, pour mettre plus d’argent dans les poches des familles, pour accroître leur mobilité, pour bonifier les services scolaires ou de garde. Le menu sera varié et conçu pour séduire le plus grand nombre de parents électeurs possible.

Mais de grâce, évitons l’enflure verbale. Ne disons pas qu’une mini-révolution, qu’un changement majeur ou qu’une politique ambitieuse est à la porte des foyers et des écoles primaires du Québec parce que des lunchs seront disponibles dans plus d’établissements scolaires le midi.

Ne jouons pas au chef qui utilise des formules pompeuses sur sa carte pour décrire un plat qui s’avérera finalement fort simple, voire banal dans l’assiette.

Selon une vérification effectuée par Radio-Canada, 70 % des écoles primaires offraient déjà un service de repas du midi, en 2012. Le prix n’est pas mirobolant — environ 5 $ — et des écoles proposent déjà des repas à moindre coût aux familles défavorisées. Le PQ modulerait les prix selon les revenus des parents.

Il est certes louable de vouloir que chaque école dispose d’un service de repas et de s’assurer que les élèves de milieux pauvres n’ont pas le ventre vide (il faudrait d’ailleurs veiller à ce que ces derniers aient des repas à l’année).

Il y a cependant des limites à accorder une série de vertus à la préparation de lunchs qu’on promet évidemment sains et abordables. Les repas du soir, les devoirs, les bains, reconduire les enfants aux cours de danse ou aux pratiques de soccer sont aussi une corvée, une «charge morale» pour certains parents. Va-t-on présenter un autre engagement électoral pour dispenser les parents pressés et débordés de ces tâches?

Outil pour réduire les inégalités sociales et pour initier les jeunes aux saines habitudes de vie, temps de qualité dégagé pour les familles, moyen de favoriser l’économie sociale et l’achat local. Selon les péquistes, leur formule est gagnante-gagnante-gagnante.

En 2003, le PQ accordait également de grandes qualités à sa proposition pour améliorer la qualité de vie des familles avec de jeunes enfants : la semaine de quatre jours.

Le PQ suggérait d’offrir à tous les parents d’un enfant de 12 ans ou moins la possibilité de prendre à leur frais l’équivalent d’un jour de congé supplémentaire par semaine, sans pour autant subir une réduction de leurs protections sociales.

«Dans notre vie moderne, réussir simultanément à élever une famille et à répondre aux obligations du marché du travail constitue un véritable tour de force», disait le premier ministre Bernard Landry.

Augmentation du taux de réussite scolaire chez les enfants, diminution du stress chez les parents, mieux-être favorisé, état de santé amélioré. Le PQ estimait de plus que le taux d’absentéisme au travail serait réduit. À moyen terme, la semaine de quatre jours devait aussi augmenter la productivité et la compétitivité du Québec en rendant le marché du travail plus attrayant.

Des prétentions qui n’ont pu être vérifiées puisque les péquistes n’ont pas formé le gouvernement.