Le ministre caquiste Simon Jolin-Barrette a reconnu des erreurs, mardi.

Oui au «mea-culpa», mais faut pas exagérer!

CHRONIQUE / Après avoir reconnu mardi ses erreurs dans la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le gouvernement de François Legault n’avait pas envie mercredi de mettre, en plus, un genou à terre. Il estime en avoir déjà fait assez dans le «mea-culpa».

Le groupe parlementaire caquiste a donc repoussé une motion l’invitant «à collaborer avec la fonction publique québécoise» et à «tenir compte de son expertise dans l’élaboration des politiques publiques».

Sur le fond, personne au sein du gouvernement ne se déclarera en désaccord avec un tel énoncé. On n’entendra aucun ministre argumenter qu’il ne faut pas s’appuyer sur la fonction publique!

Mais en acceptant cette motion parlementaire de Québec solidaire, le gouvernement Legault aurait attesté que le ministre Simon Jolin-Barrette n’a pas pris en compte des avis de la haute fonction publique sur la réforme du Programme de l’expérience québécoise; et, par extension, que la gouvernance a connu des dysfonctionnements.

Un élément de perspective tout de même : ce n’est quand même pas la première fois que des avis de la haute fonction publique sont ignorés! Éloignons-nous dans le temps : sous d’autres gouvernements, ce sont même des avis juridiques internes qui ont été rejetés en toute conscience.

Si le problème autour du PEQ a beaucoup porté sur des erreurs de fait, c’est aussi que des garde-fous ont manqué. Des boulons devront être resserrés dans les mécanismes de gouvernance entre ministres et entre ministères.

Jusqu’au bout

Simon Jolin-Barrette n’avait pas le choix d’admettre des erreurs, mardi. Comment pouvait-il en être autrement dès lors que la réforme présentée il y a deux semaines avait été officiellement suspendue? Il devait passer par cette reconnaissance, mais c’était tout de même sans surprise.

Dans la foulée, le ministre a promis qu’il consultera ses «partenaires» des milieux économiques et de l’enseignement supérieur pour confectionner la prochaine mouture de son plan. Il n’a pas parlé de la fonction publique.

On peut toutefois être certain qu’il voudra aussi écouter très attentivement les avis qu’elle lui fournira dans la révision qu’il réentreprendra du PEQ — lequel peut permettre de décrocher assez rapidement un certificat de sélection du Québec, qui lui-même mène à l’obtention de la résidence permanente et, éventuellement, à la citoyenneté canadienne.

Le ministre sait bien qu’il n’aura pas droit à une autre erreur du genre. Il s’organisera pour être capable de défendre sa prochaine mouture et la porter jusqu’au bout. Et il n’aura pas le choix de s’assurer au préalable que tout le gouvernement pourra la défendre avec lui et la mener à terme.

Une liste?

Le gouvernement a rejeté mercredi une autre résolution parlementaire dans ce dossier. Soumise par les libéraux, elle demandait que la prochaine réforme du PEQ soit épluchée par les députés en commission parlementaire.

L’équipe gouvernementale ne pourra cependant pas, pour cette prochaine mouture, sauter l’étape de la «prépublication» de son règlement afférent dans la Gazette officielle du Québec. Cette prépublication permettra à tous ceux qui voudront commenter le règlement de le faire avant son entrée en application — y compris ceux que le ministre aura déjà consultés au préalable.

La prochaine «liste des domaines de formation en demande et des emplois en déficit» sera très certainement plus large que moins. Mais le dossier demeurera délicat et le gouvernement ne convaincra vraisemblablement pas ceux qui s’opposent à l’idée même d’une liste ciblée. 

Cela dit, y aura-t-il bel et bien encore une liste du genre ou le gouvernement trouvera-t-il une autre façon de mieux lier l’immigration économique au marché du travail? Trouvera-t-il une autre façon de parvenir à cet objectif auquel il tient?

S’il existe une liste associée au PEQ, et que celle-ci est appelée à changer régulièrement, il aurait avantage à instaurer une clause de droit acquis pour les étudiants étrangers et les travailleurs temporaires qui s’inscriront dans des formations en demande ou qui travailleront dans des secteurs en déficit de main-d’œuvre. Ils seront ainsi protégés même si ces domaines d’études et de travail ne figurent plus dans le fameux document une fois leur parcours complété.