Où est le plan?

ÉDITORIAL / Le deuxième budget du gouvernement Trudeau se résume à deux mots clés : innovation et formation, avec une enveloppe globale de 1,28 milliard $ pour aider l'économie canadienne à s'adapter aux changements technologiques et à être plus concurrentielle.
Toutefois, Ottawa ne dit mot sur sa stratégie ni sur le rythme auquel il entend procéder dans ses négociations avec les provinces en vue de nouvelles ententes sur la formation de la main-d'oeuvre.
Les bonnes idées sont là, mais il ne semble pas y avoir de véritable plan pour les mettre en oeuvre.
Le budget présenté mercredi par le ministre des Finances, Bill Morneau, est en droite ligne avec celui de l'an dernier, donc sans réelle nouveauté.
Il laisse sur leur faim les représentants du milieu socio-économique, d'autant plus qu'une bonne partie des milliards $ annoncés, notamment en innovation, infrastructures et logement social, seront distribués sur plusieurs années.
Josée Fortin, directrice générale de Sherbrooke Innopole, et Luc Savard, économiste et professeur à l'École de gestion de l'Université de Sherbrooke, saluent les investissements prévus en formation de la main-d'oeuvre et en amélioration des compétences, mais craignent que les négociations entre Ottawa et les provinces s'éternisent alors que les besoins sont urgents.
À elle seule, l'Estrie devra combler 29 000 emplois d'ici trois ans! Il faut donc une stratégie à court, moyen et long terme.
De plus, c'est un secret de polichinelle que les pourparlers avec le Québec risquent d'être ardus puisque la province exerce une compétence exclusive en éducation et a déjà élaboré ses propres ses stratégies, notamment pour les secteurs du numérique et de l'aéronautique.
Pourquoi ne pas tout simplement transférer les fonds aux provinces?
Autre inconnue : Ottawa n'a pas encore décidé qui de Montréal, Toronto ou Calgary héritera de la future Banque de l'infrastructure du Canada qui doit investir 35 milliards $ sur 11 ans.
Aucun projet d'infrastructure précis n'a été annoncé, mais le gouvernement entend consacrer 20,1 milliards $ sur 11 ans dans le cadre d'accords bilatéraux avec les provinces pour le transport en commun ce qui, espérons-le, permettra de réduire à la dépendance à l'automobile et contribuera à notre sevrage du pétrole.
Le budget Morneau semble toutefois ignorer les préoccupations des petites communautés.
La Fédération québécoise des municipalités demande davantage de souplesse dans les critères d'admissibilité et dans les délais pour présenter des projets, soulignant que les petites communautés n'ont pas les mêmes ressources professionnelles que les grandes villes.
Ne risque-t-on pas ainsi de privilégier les gros projets au détriment des régions?
Le ministre Morneau a également annoncé des mesures sociales importantes, notamment une nouvelle prestation d'assurance-emploi pour aidants naturels, la lutte à l'évasion fiscale et aux échappatoires « qui procurent des avantages injustes à certains au détriment des autres contribuables » et le logement abordable.
Un fonds de 11,2 milliards $ sur 11 ans est prévu pour la construction et la rénovation de logements abordables, mais les investissements se feront dans le cadre de la Stratégie nationale sur le logement qui reste à venir. Encore là, il n'y a pas de plan d'action alors que les besoins sont immenses.
Ottawa ne semble pas non plus prévoir de mesures pour parer aux répercussions des décisions de l'administration Trump, notamment en matière de fiscalité des entreprises, de libre-échange, de protectionnisme et d'énergie, malgré des signaux inquiétants.
On comprend mal, par exemple, le silence du gouvernement sur le commerce du bois d'oeuvre, qui pourrait faire l'objet de quotas ou de tarifs compensatoires, comme cela s'est déjà produit dans le passé, et coûter de nombreux emplois.
L'attentisme ne peut pas être une stratégie.