Jean-François Lisée

Ottawa dans la mire

ÉDITORIAL / Jean-François Lisée ne fera pas de référendum dans un premier mandat s'il est élu premier ministre du Québec en 2018. Toutefois, il ne rate pas une occasion de s'en prendre au gouvernement libéral élu à Ottawa.
En entrevue éditoriale à La Tribune lundi, il a semblé donner le ton de la prochaine campagne électorale de sa formation. Il estime que les libéraux fédéraux négligent le Québec et la région de l'Estrie. C'est un thème que le Parti québécois exploite depuis fort longtemps.
Pour la grande région de Sherbrooke, il a brandi le dossier du développement des services à l'aéroport. Il ne comprend pas l'entêtement du gouvernement fédéral à ne pas accorder une désignation complète de l'aéroport de Sherbrooke avec la prise en charge des coûts d'opération des systèmes de sécurité, ce qui faciliterait grandement le développement de liaisons commerciales par un grand transporteur.
Il insiste sur le fait que la démonstration des besoins a été faite de façon convaincante par les autorités municipales. Il parle d'un outil de développement nécessaire pour les entrepreneurs. On doit admettre que Sherbrooke n'a jamais obtenu satisfaction du gouvernement fédéral dans ce dossier malgré des arguments solides.
Juste auparavant, il avait aussi soutenu que les libéraux fédéraux doivent agir plus rapidement dans le dossier de la construction d'une voie de contournement à Lac-Mégantic. Il n'ont pas encore confirmé une éventuelle participation financière au projet. Les échéanciers avancés déplaisent également au chef péquiste. « Si on est capable de faire le REM (Réseau électrique métropolitain) à Montréal d'ici 2021, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas faire une voie de contournement ferroviaire à Lac-Mégantic pour 2019. » La comparaison est pour le moins habile.
Sans même que le dossier fasse l'objet de questions, M. Lisée a aussi
trouvé le moyen de s'en prendre à Ottawa sur l'aide tardive et limitée accordée à Bombardier. Il a aussi servi l'exemple de la ministre canadienne de la Justice, qui refuse de répondre aux demandes du Québec pour la nomination de plusieurs juges, afin d'accélérer le traitement des causes et éviter que des criminels bénéficient d'un arrêt des procédures en raison de délais exagérés.
Il veut aussi que le Québec se fasse respecter par Ottawa dans le dossier de la légalisation de la marijuana et prenne le temps qu'il faut pour établir toutes les règles de ce changement majeur quitte à dire à Ottawa de revoir l'échéancier établi.
Même si la prochaine campagne électorale au Québec est dans plus d'un an, M. Lisée ouvre déjà son jeu et entend saisir toutes les occasions de critiquer le fonctionnement du gouvernement fédéral et le manque d'écoute à l'égard des dossiers du Québec.
Le nouveau président américain, Donald Trump, est aussi susceptible de fournir des munitions à M. Lisée dans des dossiers comme le bois d'oeuvre et les producteurs laitiers québécois.
Dans la défense des intérêts du Québec, le chef péquiste blâme aussi indirectement les libéraux de Philippe Couillard. Le Québec n'est pas craint actuellement à Ottawa, a-t-il répété à quelques reprises. Il veut ainsi démontrer que les libéraux provinciaux, un parti fédéraliste, hésite à attaquer vigoureusement le gouvernement libéral de Justin Trudeau.
Pour faire des gains, le Parti québécois ne pourra pas seulement attaquer les libéraux fédéraux, mais il devra aussi proposer des solutions et prouver qu'il a réussi à se renouveler. Il devra ramener des militants qui ont choisi de regarder un peu plus à gauche du côté de Québec solidaire ou un peu plus à droite du côté de la Coalition avenir Québec. La tâche qui attend M. Lisée est immense.