Denis Dufresne
La Ville de Sherbrooke a annoncé au début du mois un plan de relance de 1,1 million $ pour aider les entreprises frappées par la pandémie.
La Ville de Sherbrooke a annoncé au début du mois un plan de relance de 1,1 million $ pour aider les entreprises frappées par la pandémie.

On n’est pas sorti du bois

ÉDITORIAL / Le Québec avait récupéré en juin un peu plus de la moitié des emplois perdus depuis le début de la crise de la COVID-19, en raison des mesures de protection de la santé publique, mais le rattrapage s’annonce plus lent au cours des prochains mois.

Car nombre d’entreprises fonctionnent encore au ralenti et éprouvent des problèmes d’approvisionnement, tandis que d’autres ont fermé leur porte.

À Sherbrooke, une simple promenade dans les rues permet de constater que plusieurs petits commerces, notamment dans la restauration, n’ont pas repris leurs activités, sans parler du secteur culturel et des PME en difficultés.

De plus, il y a toujours la possibilité d’un reconfinement à l’automne, du moins partiel ou selon les régions, advenant une deuxième vague de contagion. 

Bien que le taux de chômage soit passé de 17 % en avril dernier à 10,7 % en juin dans la province (il était de 11,6 % au deuxième trimestre dans la région de Sherbrooke selon l’Institut de la statistique du Québec), nous sommes très loin des pourcentages historiquement bas de l’année dernière alors que le Québec affichait un taux de sans-emplois de 4,3 %.

Quant au Produit intérieur brut, il a chuté de 9,8 % au cours des quatre premiers mois de 2020 par rapport à la même période en 2019.  

Il y a donc encore un énorme rattrapage à faire. 

Lors d’une tournée québécoise virtuelle, mercredi dernier, l’organisme Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) a rappelé que le manque de travailleurs et de travailleuses demeure un enjeu majeur malgré l’augmentation du taux de chômage et le ralentissement économique des derniers mois, avec 18 000 postes à pourvoir dans la province.

Une situation qui s’explique notamment par les pénuries de main-d’œuvre spécialisée qui affectent le secteur manufacturier depuis plusieurs années, les délais dans le traitement des dossiers de la main-d’œuvre immigrante et le manque d’intérêt des jeunes pour les diplômes techniques.

« C’est une réalité qui était là avant la COVID-19 (…). On se serait attendu qu’en raison du ralentissement économique et de la hausse du taux de chômage cette problématique ne soit plus là, mais ce n’est pas le cas. Des entreprises qui vont bien n’arrivent pas à recruter, ce qui devient le principal obstacle à la relance économique », explique Véronique Proulx, PDG de MEQ.

Autre aspect : la Prestation canadienne d’urgence (PCU) de 2000 $ par mois qui inciterait de nombreux travailleurs à rester à la maison.

« Cela devient un incitatif à ne pas retourner sur le marché du travail, surtout dans les emplois non spécialisés. Et on ne parle pas nécessairement d’emplois au salaire minimum puisque la moyenne est de 21 $ l’heure dans le secteur manufacturier », dit Mme Proulx, qui ajoute qu’il y aurait 136 000 jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni aux études ni en formation au Québec. 

La Ville de Sherbrooke a pour sa part annoncé au début du mois un plan de relance de 1,1 million $ pour aider les entreprises frappées par la pandémie. Avec raison.

Un sondage réalisé par la Ville auprès de 1000 entreprises en avril et juin révélait que 54 % d’entre elles disaient craindre de ne pas survivre plus d’un an si la crise perdurait.

De plus, 34 % des entreprises disaient poursuivre ou avoir repris leurs activités au ralenti.

Il faudra encore beaucoup de temps pour réparer les dommages causés par la crise du coronavirus.

Mais un bon début serait que Québec et Ottawa agissent en facilitateurs et réduisent les délais pour les demandes de visa de travail de la main-d’œuvre étrangère, rendent la formation technique plus attrayante chez les jeunes et atténuent les effets pervers de la PCU.