Obligation de résultat

ÉDITORIAL / Le gouvernement du Québec doit impérativement mettre fin à l'incertitude en ce qui a trait aux frais accessoires liés aux soins assurés par le régime d'assurance maladie du Québec.
Malgré l'entrée en vigueur, hier, du règlement qui interdit dorénavant aux médecins d'exiger des paiements pour ces soins, sous peine de sanctions, rien ou si peu n'est réglé.
La guerre des mots se poursuit entre Québec et ses médecins spécialistes, tandis qu'un désaccord persiste avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) au sujet des prélèvements sanguins, des vaccins et des services administratifs offerts en clinique.
Résultat : « l'entente » partielle annoncée hier par la FMOQ, qui ne porte que sur les vasectomies et certaines petites chirurgies effectuées en cabinet, risque d'entraîner une diminution de l'accès à certains services médicaux et des frais pour les patients, de l'aveu même de son président, le Dr Louis Godin.
Ainsi, pour obtenir des prélèvements sanguins les patients pourraient devoir se tourner vers les laboratoires privés, les CLSC ou les hôpitaux. Ce qui veut dire qu'ils auront le choix entre payer pour recevoir ce service dans le privé ou risquer de se taper des heures d'attentes dans les hôpitaux. On n'avance pas, on recule!
Pour ce qui est de services médicaux tels les vaccins, les patients pourraient être contraints d'aller à la pharmacie pour se les procurer et revenir ensuite à la clinique pour se les faire administrer. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?
La FMOQ, tout comme la Fédération des médecins spécialistes du Québec, défend les intérêts corporatifs de ses membres et c'est normal. Elle soutient toutefois que Québec a tardé à répondre aux questions des omnipraticiens.
Il est incompréhensible qu'après plusieurs semaines de pourparlers les parties soient incapables de trouver un terrain d'entente qui respecte à la fois les contraintes auxquelles sont confrontés les médecins et le droit des patients à recevoir les services. Ça ne peut être qu'une question d'argent!
En outre, cela n'a rien de bon pour l'image des médecins, qui sont très bien rémunérés, et du gouvernement qui semble improviser dans cet épineux dossier.
Certaines cliniques de médecins spécialistes ont même annoncé en décembre qu'elles fermeraient leurs portes ou suspendraient des rendez-vous, tandis que la Fédération des médecins spécialistes du Québec a demandé il y a une semaine que le dossier soit retiré des mains du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, sans succès. Bref, tout baigne!
La saga des frais accessoires a débuté en juin 2015 lorsque le ministre Barrette a annoncé son intention de déposer un amendement au projet de loi 20 en vue de « normaliser » les frais accessoires et de permettre ainsi la facturation de certains services aux patients, une pratique pourtant interdite par la Loi canadienne sur la santé.
Cette initiative avait été vertement dénoncée par plusieurs organisations et syndicats, de même que par les Médecins québécois pour le régime public.
Puis, en septembre 2016, M. Barrette annonçait que les frais accessoires liés à des soins assurés par le régime d'assurance maladie du Québec seraient abolis et que les médecins devraient absorber les coûts.
Cinq mois plus tard, c'est l'impasse.
Nonobstant l'improvisation des uns et les intérêts corporatifs des autres, les patients n'ont pas à faire les frais de l'incapacité du gouvernement et des médecins à s'entendre.
Cet imbroglio a déjà trop duré; les parties ont la responsabilité d'arriver à un accord rapidement.