En menaçant Kim Jong Un, Trump essayait peut-être d'amener le dirigeant à s'asseoir pour négocier et le forcer à se départir de son arsenal nucléaire.

Nucléaire : les contradictions de Donald Trump

ANALYSE / Donald Trump a prononcé son premier discours de l'assemblée générale de l'ONU le 19 septembre. Ce discours fut très différent de ceux auxquels Barack Obama nous avait habitués. Non seulement Trump n'a pas la verve d'Obama, mais il n'a ni la cohérence ni la profondeur intellectuelle de son prédécesseur, comme il n'a pas non plus le sens de la conciliation, l'esprit de compromis et la perspective multilatérale de ce dernier.
Dans son discours du 19 septembre, Trump a étalé sur le podium de l'ONU une rhétorique menaçante au sujet de la Corée du Nord et de l'Iran. Si dans son discours, Trump voulait énoncer une doctrine sur la façon dont son administration allait gérer la question nucléaire mondiale, l'exercice a été un échec complet. Pire, encore, les États-Unis apparaissent plus que jamais comme isolés.
Dans une envolée provocante, il a menacé de détruire totalement la Corée du Nord, traitant le dirigeant nord-coréen de « rocket man ». En ce qui concerne le traité sur le contrôle nucléaire iranien, traité signé par les États-Unis en 2015, il a menacé de désavouer ce dernier si l'Iran n'accepte pas de le renégocier.
Comme on pouvait s'y attendre, le discours du président américain a été largement dénoncé par les représentants des régimes soi-disant « voyous » comme Cuba, Corée du Nord, Venezuela, Zimbabwe et Iran. Par contre, un grand nombre de dirigeants, des alliés des États-Unis comme le Canada et la France, ont émis des critiques plus silencieuses concernant les propos du président américain tout en s'alarmant de l'escalade de la rhétorique américaine.
Cependant, certains n'hésitèrent pas à désapprouver ouvertement la harangue de Trump. Le premier ministre suédois Stefan Lofven a trouvé non seulement que l'ONU n'était pas l'endroit pour émettre de telles menaces, mais que elles-ci, au lieu de désamorcer les tensions, les augmentent.
Sigmar Gabriel, vice-chancelier allemand, endossa le point de vue de Lofven, considérant que l'ONU n'est pas un forum pour menacer les autres nations, mais pour trouver des solutions communes. Pour Gabriel, les propos de Trump remettent en cause la crédibilité de la communauté internationale.
Même le ministre japonais des Affaires étrangères, Taro Kono, a exprimé ses réserves en affirmant l'importance que toutes les parties respectent l'accord sur le dossier nucléaire iranien.
En menaçant Kim Jong Un, Trump essayait peut-être d'amener le dirigeant à s'asseoir pour négocier et le forcer à se départir de son arsenal nucléaire. Tout en déchaînant un torrent d'abus à l'égard des régimes nord-coréen et iranien, Trump a clairement aggravé le problème nucléaire mondial d'autant plus qu'il n'a pas présenté de solutions concrètes.
De cette séance d'invectives, il en résulta que les différentes parties se sont engagées dans une rhétorique sauvage et ont eu recours à des insultes personnelles. Kim a même décrit Trump comme un « dotard », comme une personne souffrant d'un déséquilibre mental prononcé.
Depuis 2015, l'Iran a cherché à démontrer que son régime pouvait être un acteur rationnel et pragmatique. C'est pourquoi, bien que l'accord de 2015 soit imparfait, il fallait que les pays signataires le respectent. Sinon, la communauté internationale va envoyer un message contradictoire à la Corée du Nord.
En effet, comment Trump peut-il penser qu'il sera capable de convaincre Kim de se départir de son arsenal nucléaire dans le cadre d'une négociation multilatérale, alors qu'il menace de ne pas honorer l'engagement nucléaire à l'égard de l'Iran? Décidément, Trump ne semble pas avoir pesé la répercussion que ses propos pourraient avoir à Pyongyang.
En menaçant de désavouer l'accord iranien, l'administration Trump rend pour ainsi dire impossible la conclusion d'un accord avec la Corée du Nord, car la crédibilité américaine devint fortement endommagée. Comment Pyongyang pourrait-il accepter de négocier son programme nucléaire avec les États-Unis, si le président américain, ou un futur président peut ensuite désavouer un tel accord?
En plus des États-Unis, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Chine, et la Russie sont signataires de l'accord conclu par l'administration Obama avec l'Iran. Or, ces différents pays insistent sur le fait que Téhéran respecte les termes de l'accord. En menaçant de déchirer ce dernier, Trump risque donc de déclencher une deuxième crise majeure dans la problématique de la non-prolifération nucléaire.
Le discours de Donald Trump comporte plusieurs autres contradictions flagrantes sur le rôle des États-Unis dans la communauté internationale. Tout en soutenant la nécessité que les nations du monde travaillent ensemble pour construire un monde meilleur, il a réaffirmé sa détermination à défendre prioritairement les intérêts américains.
Si Trump est à la recherche d'une doctrine pour encadrer sa politique étrangère, son discours du 19 septembre manque de la cohérence nécessaire. Il gouverne peut-être par instinct, mais il semble confondre belligérance avec pouvoir. Plus encore, il a oublié que la réalité internationale demande que la première puissance mondiale respecte d'abord ses engagements antérieurs.
Gilles Vandal est Professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke