Nouvelle tempête, même problème

ÉDITORIAL / «Sortez-moi tout de suite ce fils de p... du terrain. Dehors! Il est congédié » : le président Donald Trump a à nouveau démontré qu'il n'est pas à la hauteur de son rôle de président des États-Unis en s'en prenant cette fois-ci aux footballeurs qui posent le genou à terre en début de match pour dénoncer les injustices dont sont victimes les Noirs américains.
En voulant dénoncer ce qu'il considère comme un manque de respect à l'hymne national et au drapeau américains, lors d'une assemblée politique en Alabama, vendredi soir, M. Trump a suscité une réaction massive des joueurs de la NFL, des entraîneurs et même de propriétaires d'équipes.
Des Patriots de Nouvelle-Angleterre, en passant les Seahawks de Seattle et les Saints de La Nouvelle-Orléans, tous ou presque ont fait preuve d'une unité étonnante devant cette attaque d'un président qui multiplie les insultes autant en public que sur Twitter.
Donald Trump a fait une très mauvaise lecture de la réalité car en s'attaquent aux joueurs de la NFL, majoritairement noirs, qui expriment le ressentiment de la population afro-américaine devant les meurtres de plusieurs Noirs abattus par des policiers blancs, il a soulevé à nouveau une polémique à saveur raciste.
Plutôt que de se faire rassembleur et de tenter d'apaiser le regain des tensions raciales aux États-Unis, il a choisi la division et la vulgarité pour plaire à sa base électorale blanche et conservatrice, où on retrouve des suprémacistes blancs.
Même le propriétaire des Patriots, Robert Kraft, pourtant un ami et un important donateur du président Trump, s'est dit « très déçu du ton des commentaires du président ».
Beaucoup plus virulent, un chroniqueur du New York Times, Charles M. Blow, a écrit hier que « ce crétin est celui que nous sommes censés appeler le président », affirmant que Donald Trump utilise un langage plus brutal avec les gens qui manifestent pacifiquement contre l'injustice qu'il ne le fait avec les racistes violents qui marchent dans les rues.
Il faut rappeler ici que M. Trump avait blâmé les « deux côtés », les manifestants pour la défense des droits civiques et les nationalistes blancs, pour la violence lors des événements de Charlottesville, en Virginie, au mois d'août, où une manifestante avait été heurtée mortellement pas une voiture conduite par un nationaliste blanc présumé.
Après huit années de gouvernement Obama marquées par l'ouverture et l'unité, il est un peu irréel de voir l'actuel président de la première puissance mondiale tenir des propos désobligeants envers ses adversaires, même au sein de son propre parti, exprimer des paroles xénophobes à l'endroit des Mexicains et des musulmans ou encore ridiculiser à répétition le leader nord-coréen Kim Jong-un alors que l'on craint une escalade militaire entre les deux pays, voire une confrontation nucléaire.
Le geste de protestation des footballeurs est éminemment politique et choque sans doute une bonne partie de la population américaine qui n'accepte pas que des joueurs millionnaires refusent de saluer le drapeau et d'écouter l'hymne national. On ne plaisante pas avec le drapeau aux États-Unis.
Mais voyons le problème d'une autre façon: plutôt que de s'en prendre aux joueurs de la NFL (M. Trump en a remis hier) et d'encourager leur insubordination, pourquoi le président Trump n'assume-t-il pas son rôle de chef d'État en s'attaquant à la violence policière contre les Noirs et aux suprémacistes blancs?
De trop nombreuses morts de personnes noires lors d'interventions policières, parfois pour de simples infractions au Code de la route, sont survenues ces dernières années aux États-Unis, ce qui traduit un problème de préjugés et de racisme latent.
Malheureusement, au lieu d'agir en rassembleur et en pacificateur, Donald Trump jette de l'huile sur le feu de l'intolérance.