Le Petit Quartier

Nouvelle ère

ÉDITORIAL / Encore marginal au Québec, le phénomène des minimaisons semble être là pour rester et se développer : il est donc urgent de mieux l’encadrer et d’y adapter le Code du bâtiment et les réglementations municipales.

La saga de Serge Beaudette, un adepte de la simplicité volontaire qui se voit contraint de démanteler sa minimaison à Waterville faute de satisfaire aux exigences de la municipalité en matière de zonage (superficie, revêtement extérieur et absence d’installations septiques, notamment), en est un bel exemple. 

La mairesse de Waterville, Nathalie Dupuis, fait aussi valoir que le jeune homme n’a pas informé la municipalité au sujet de son projet d’autoconstruction.

Elle se dit néanmoins ouverte aux minimaisons, mais estime avec raison que cela doit se faire de manière encadrée et structurée.

Autrement dit, on ne peut bâtir n’importe quoi n’importe où.

Toutefois, le projet de M. Beaudette a au moins le mérite de démontrer l’inadéquation entre les nouvelles tendances en habitation et les règles du jeu actuelles.

Car au-delà de l’aspect réglementaire, le constructeur soutient que sa minimaison est indépendante des services municipaux : elle est alimentée en électricité par énergie solaire, l’eau de pluie est récupérée pour usage domestique et la demeure possède un système de traitement des eaux usées autonome.

Au moment où les questions environnementales et de surconsommation préoccupent de plus en plus, M. Beaudette démontre de façon concrète qu’il est possible de réduire au minimum l’empreinte environnementale d’une habitation et de ses occupants.

Il y a évidemment une différence entre une minimaison située en milieu rural ou semi-rural et un secteur consacré à ce type d’habitation en milieu urbain, ce qui permet de densifier les quartiers et de favoriser l’utilisation du transport en commun.

Mais, de façon générale, les minimaisons répondent aux besoins de plus en plus de gens désireux de vivre dans plus petit et de réduire leurs frais d’entretien, de chauffage et leurs impôts fonciers.

Ce type d’habitation favorise également l’accès à la propriété en raison d’un coût plus faible que celui d’une résidence traditionnelle.

« En ce moment, le prix des maisons ne cesse d’augmenter à cause du prix des terrains notamment; à Sherbrooke, le prix médian est maintenant de 264 000 $ », illustre Richard Painchaud, initiateur du projet du Petit Quartier, à Sherbrooke.

Le Petit Quartier, une coopérative de propriétaires de 73 minimaisons dans l’arrondissement de Fleurimont, devrait voir le jour en 2019 après avoir franchi toutes les étapes en vue de son approbation par la Ville de Sherbrooke, y compris un laborieux processus de consultation publique qui a eu lieu l’an dernier.

De plus en plus de municipalités acceptent les minimaisons, bien que les normes de construction et d’urbanisme ne soient pas encore adaptées à ce phénomène.

Mais les choses commencent à bouger.

Le Mouvement québécois des minimaisons, fondé à Sherbrooke en janvier dernier, doit entreprendre sous peu des pourparlers avec le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire.

Son président, Benoit Tremblay, estime qu’il faut revoir les règles et les normes concernant notamment la superficie des bâtiments et des terrains, l’aménagement du territoire et les sources d’énergie, afin d’assurer l’uniformité des règles du jeu

Du côté de l’Union des municipalités du Québec, la Commission de l’aménagement devrait se pencher sur ce nouveau type d’habitation cet automne.

Mais il appartient d’abord au ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire de donner le signal en vue d’encadrer et de favoriser la construction de minimaisons.

Au-delà des enjeux réglementaires et financiers, il s’agit aussi de tenir compte de nouvelles valeurs sociales.