Nouvelle donne

La victoire inattendue de la candidate solidaire Christine Labrie dans Sherbrooke, une circonscription longtemps considérée comme une forteresse libérale, témoigne certes d’un besoin de changement chez les électeurs, mais aussi, et peut-être surtout, de l’essor d’un mouvement axé sur la justice sociale, la défense de l’environnement et la volonté de mettre un frein à la croissance sans limites.

À la suite de la percée spectaculaire de Québec solidaire dans la province, qui a fait élire 10 députés dont 4 à l’extérieur de Montréal lors du scrutin général de lundi dernier, la co-porte-parole de cette formation de gauche, Manon Massé, a dit qu’une nouvelle génération était en train de prendre sa place. Il faut le souhaiter.

Bien qu’on ne connaisse pas encore la répartition du vote en fonction des groupes d’âge, on peut déjà parier que le succès de ce parti est aussi attribuable à un segment croissant de la population de plus en plus sensibilisé aux inégalités sociales, à la crise environnementale et aux ravages du néo-libéralisme.

En outre, la forte proportion de ménages à faible revenu à Sherbrooke, une « clientèle » délaissée par les trois autres grands partis, a aussi pu jouer en faveur de Québec solidaire.

S’il est vrai que Sherbrooke compte une population étudiante importante, avec deux cégeps et deux universités, il faut reconnaître que ce ne sont pas tous les jeunes qui sont progressistes, environnementalistes ou qui se préoccupent de justice sociale. Loin de là.

De plus, si les jeunes incarnent le changement, comme on veut bien le croire, encore faut-il qu’ils aillent voter… Lors des élections générales de 2014, seulement 55 pour cent des 18-24 ans l’ont fait, contre un taux de participation de 71,4 pour cent pour l’ensemble de la population.

Il sera donc intéressant de connaître les données sur leur taux de participation cette fois-ci, lorsque le Directeur général des élections du Québec les rendra disponibles.

La victoire inédite de Christine Labrie par une imposante majorité de 3452 voix sur le député libéral sortant, Luc Fortin, reste à être analysée dans le détail.

Mais grâce au travail inlassable d’une armée de bénévoles et à une forte présence tant sur le terrain que sur les réseaux sociaux, la percée de QS à Sherbrooke démontre que ce parti n’est plus seulement celui de la « go-gauche » du Plateau Mont-Royal, mais aussi de citoyens « ordinaires », comme se plaît à le dire Manon Massé, qui s’impliquent dans les organismes communautaires, sont épris de justice sociale et veulent que le Québec amorce rapidement une transition énergétique.

Aux yeux de nombreux citoyens, l’éducation gratuite « des CPE au doctorat », le développement du transport en commun, le salaire minimum à 15 $ l’heure ou encore la mise sur pied d’une assemblée représentative en vue d’une nouvelle constitution québécoise, ne relèvent plus d’une chimère, mais d’un avenir possible.

Toutefois, malgré l’élection de 10 députés, la présence de Québec solidaire demeure encore marginale à l’Assemblée nationale et son pouvoir sera somme toute limité.

Il sera intéressant de voir comment ce parti pourra exercer un certain contrepoids au gouvernement de la Coalition avenir Québec qui n’a guère soufflé mot sur la justice sociale et se dit ouvert à l’exploitation des hydrocarbures.

Pour ce qui est de la circonscription de Sherbrooke, la nouvelle députée solidaire âgée de 31 ans aura du pain sur la planche : de nombreux dossiers l’attendent, notamment le développement du logement social, le financement du futur Centre de jour au centre-ville de Sherbrooke, pour les personnes en difficulté ou souffrant de détresse, ou encore l’intégration des immigrants au marché du travail.