Nouvelle culture

ÉDITORIAL / La légalisation du cannabis à des fins récréatives, maintenant prévue pour la fin de l’été, témoigne d’un important changement de culture au Canada et au Québec à l’égard de cette drogue que l’on qualifiait autrefois de « douce ».

Mais cela n’est pas exempt de risques.

Avec l’adoption par le Sénat du projet de loi C-45, il y a une dizaine de jours, il semble bien que la marijuana « récréative » fera bientôt partie de nos mœurs, bien que plusieurs opposants à la Chambre haute aient l’intention de soulever des questions avant la dernière lecture, le 7 juin, notamment en ce qui a trait à la santé, à la sécurité.

Le gouvernement du Québec, qui avait demandé un report de la légalisation à 2019 afin de mieux s’y préparer, fait maintenant contre mauvaise fortune bon cœur en se disant probablement que le « pot » légal se traduira par de nouvelles rentrées fiscales.

De toute manière, il s’agit d’une législation fédérale et les provinces n’ont d’autre choix que de mettre en place des mesures pour encadrer la vente et la consommation de cette drogue.

Grâce à la nouvelle Société québécoise du cannabis, qui sera la seule à pouvoir acheter, transporter, entreposer et vendre ce produit, via le réseau de la Société des alcools du Québec (SAQ), cette drogue pourra être achetée légalement par tout citoyen de 18 ans et plus.

Mais n’allons-nous pas trop vite? Et sommes-nous en train de fermer les yeux sur ce qui ressemble à la banalisation d’une drogue potentiellement dommageable, surtout chez les jeunes?

La légalisation du cannabis, un vieux rêve des « hippies » des années 60 et de la génération « granola » du début des années 70, suscite beaucoup de réserves tant chez les policiers, les spécialistes de la santé, que dans le monde municipal, qui voit déjà les coûts liés à la sécurité publique augmenter.

On sait que ce sera « tolérance zéro » pour la conduite automobile sous l’effet du « pot » et qu’il sera interdit d’en faire la culture à la maison.

Mais plusieurs corps policiers estiment qu’ils n’ont pas eu suffisamment de temps pour se préparer et anticipent des problèmes de toutes sortes après la légalisation.

De plus, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) est d’avis qu’en raison de l’étendue de l’implication du crime organisé dans le marché illicite du cannabis, la légalisation ne mettra pas celui-ci hors jeu.

Sans compter que le crime organisé a les moyens d’infiltrer l’industrie légale du cannabis.

Autre aspect : la santé des jeunes.

L’Association des médecins psychiatres du Québec rappelle que le cannabis est associé à plusieurs troubles mentaux dont l’anxiété, la psychose et les problèmes d’apprentissage.

On aura beau faire valoir, comme le fait le gouvernement Trudeau, que la légalisation du cannabis éliminera la présence du crime organisé et permettra d’en contrôler la nocivité, notamment la concentration en THC, tout comme l’accès et la vente, rien n’est moins sûr.

Bien des jeunes de moins de 18 ans vont continuer de s’approvisionner auprès du marché illicite qui aura beau jeu de fournir un cannabis plus puissant que le produit légal.

L’utilisation du cannabis à des fins médicales suscite elle aussi des réserves.

Le Collège des médecins du Québec considère qu’aucune étude scientifique sérieuse ne démontre qu’il peut être bénéfique pour le traitement de maladies.

Toute société évolue et il est peut-être normal de vouloir légaliser une drogue consommée par de nombreux Canadiens.

Mais l’empressement des libéraux de Justin Trudeau à aller de l’avant, alors que de nombreux intervenants prônent la prudence, risque de profiter d’abord aux producteurs légaux et aux gouvernements qui empocheront des milliards $.