Nouvelle culture

ÉDITORIAL / La municipalité de Weedon avait peut-être un nom prédestiné pour devenir l'une des capitales mondiales du cannabis médicinal avec le projet « Weedon-MYM-CannaCanada » qui, si tout se déroule comme prévu, devrait transformer le paysage économique de cette région.
Il devrait aussi permettre au Québec de faire sa place dans ce marché en voie de grande expansion puisque à l'heure actuelle un seul des 52 producteurs de cannabis médicinal autorisés par Santé Canada au pays se trouve au Québec, à Gatineau.
L'ampleur de ce projet, annoncé à la fin de juin et dévoilé jeudi en conférence de presse à Weedon, est impressionnante : l'entreprise développera une exploitation de 140 000 mètres carrés (1,5 million de pieds carrés) de serres en vue de produire 150 000 kilos de cannabis par année, à compter de 2019, pour des revenus bruts estimés à 750 millions $.
Ce projet, le troisième du genre au Québec, mais le plus important au pays, nécessite un investissement de 200 millions $ et devrait créer 400 emplois directs et 800 emplois indirects d'ici cinq ans.
Outre des serres de production, MYM Nutraceuticals, de Vancouver, et son partenaire québécois CannaCanada prévoient un centre de recherche, une clinique, un hôtel haut de gamme et même un projet domiciliaire écologique.
MYM Nutraceuticals prévoit aussi faire la culture du chanvre, une fibre végétale longue et résistante, en vue de développer son utilisation à des fins industrielles (textile, papier, matériaux de construction. etc.).
Elle entrevoit également des collaborations avec le consortium de recherche sur le cannabis médical Vallée verte (Neptune technologies et Bioressources).
Presque trop beau pour être vrai!
Le président du conseil de MYM Nutraceuticals, Erick Factor, et ses partenaires affichent en tout cas une grande confiance dans ce projet et affirment que le marché du cannabis médicinal (notamment les crèmes et les comprimés) connaîtra une croissance exponentielle au cours des prochaines années.
Selon eux, il s'agit carrément d'une nouvelle économie et d'une nouvelle culture « opposée à celle des opioïdes ».
« Le cannabis a mauvaise presse; il faut changer les mentalités et nous allons faire de Weedon un des joueurs les plus importants de l'industrie! » dit M. Factor.
Et le projet se fera nonobstant la légalisation ou non du cannabis récréatif par le gouvernement Trudeau.
Toutefois, même lorsque destiné à un usage médicinal, le cannabis fait encore l'objet de beaucoup de préjugés et de réserves au sein de l'industrie pharmaceutique et du monde médical.
Du reste, il n'est toujours pas un traitement médical reconnu au Canada, donc sans garantie d'efficacité et de sécurité, bien que son usage soit autorisé depuis 2014 et que le produit soit accessible par l'entremise de producteurs autorisés et détenteurs d'un permis de Santé Canada.
À l'heure actuelle, explique le Collège des médecins, un médecin peut prescrire du cannabis, mais pourvu que cela se fasse dans le cadre d'un projet de recherche en cours au Québec, le « Registre cannabis Québec », une banque de données sur l'utilisation de ce produit, son innocuité et son efficacité.
Au CHUS, par exemple, seulement quatre ou cinq patients ont utilisé depuis deux ans le cannabis dans le cadre d'un traitement soit parce qu'ils avaient l'autorisation de le faire lors de leur admission à l'hôpital ou parce que leur médecin leur en a prescrit en dernier recours.
Weedon-MYM-Canna-Canada, qui ne vise que le marché canadien pour le moment, devra donc se montrer convaincante auprès du monde médical, du moins au Québec.
On ne peut que se réjouir de ce projet qui va relancer l'économie de la MRC du Haut-Saint-François, tout en espérant ne pas revivre un scénario à la Métallurgie Magnola, à Asbestos, une usine de magnésium de 1,2 milliard $ qui avait fermé ses portes en 2003 après à peine deux ans d'activités.