À Sherbrooke, la manifestation a réuni plusieurs milliers de personnes, en très grande majorité des jeunes, qui ont marché de l’Université de Sherbrooke à l’hôtel de ville pour dénoncer l’inaction des gouvernements face au dérèglement climatique et exiger des mesures rapides et concrètes.

Nouveau souffle?

ÉDITORIAL / La grève mondiale pour le climat, qui avait lieu un peu partout à travers la planète, vendredi, témoigne sans conteste d’une prise de conscience globale de la nécessité de réduire d’une manière draconienne les émissions de gaz à effet de serre (GES) et de changer nos habitudes de vie.

À Sherbrooke, la manifestation a réuni plusieurs milliers de personnes, en très grande majorité des jeunes, qui ont marché de l’Université de Sherbrooke à l’hôtel de ville pour dénoncer l’inaction des gouvernements face au dérèglement climatique et exiger des mesures rapides et concrètes.

Cet enjeu est aussi devenu l’un des thèmes centraux de l’actuelle campagne électorale fédérale. 

Mardi dernier, les cinq principaux candidats de la circonscription de Sherbrooke se sont tous engagés à agir pour le climat, chacun vantant le programme de son parti. 

On ne peut qu’applaudir, mais ces belles paroles se traduiront-elles par des actions concrètes?

Ces manifestations sans précédent pour le climat engendreront-t-elles des changements de comportement chez les citoyens et les consommateurs que nous sommes?

Les jeunes, qui sont au cœur de cette mobilisation sans précédent, iront-ils voter le 21 octobre? 

Malgré l’urgence de la situation, la lutte aux changements climatiques s’est traduite depuis une vingtaine d’années par beaucoup de vœux pieux, des engagements non respectés et des actions insuffisantes, parfois contradictoires, tant au Québec, au Canada qu’ailleurs dans le monde.

Elle s’est aussi heurtée au credo de la croissance économique et de l’exploitation sans limite des ressources naturelles.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a été élu en 2015 en promettant de grands changements en environnement.

Il a adopté plusieurs mesures pour réduire les émissions de GES, notamment en investissant dans le transport en commun et en imposant une taxe carbone.

Malheureusement, l’achat controversé de l’oléoduc Trans Mountain a pratiquement éclipsé ces bons coups.

De plus, au train où vont les choses, le Canada risque de ne pas atteindre son objectif de réduction de 30 % de ses émissions de GES d’ici 2030 (par rapport au niveau de 2005), fixé à la suite de la Conférence de Paris de 2015.

Pour sa part, le gouvernement Legault nage en pleine contradiction : d’une part il se dit conscient de l’urgence climatique mais, d’autre part, appuie un troisième lien routier à Québec et accorde un statut particulier aux grandes industries polluantes, comme les cimenteries, qui auront moins d’efforts à faire que les autres pour diminuer leurs émissions de GES.

Il a aussi reporté de 2020 à 2030 la cible de réduction des émissions de GES de 20 % en raison principalement de l’accroissement du nombre de véhicules sur les routes, de leur puissance et de leur poids.

Et là-dessus, ce n’est pas le gouvernement qu’il faut blâmer mais plutôt nos choix de consommation. 

De son côté, la Ville de Sherbrooke a adopté un Plan de mobilité durable 2012-2021qui visait à augmenter la part du transport en commun et du transport actif dans les déplacements, mais sans se donner d’outil pour mesurer l’atteinte de ses objectifs, de sorte qu’à moins de deux ans de l’échéance on ignore où on en est.

Elle vient toutefois de se doter d’un Bureau de l’environnement chargé de coordonner les actions des services municipaux en ce domaine.

Les dirigeants politiques sont de plus en plus sous pression pour agir de manière décisive devant l’urgence climatique, « une course que nous sommes en train de perdre, mais que nous pouvons gagner », selon le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.

À la veille de la Conférence sur le changement climatique de Santiago, au Chili, en décembre prochain, la voix des marcheurs pour le climat doit se faire entendre et inciter pour une fois les dirigeants et les citoyens à prendre leurs responsabilités.