Raymond Lafontaine

Notre bien commun détruit

J'ai hésité avant d'écrire ce texte. Les opinions émises ici sont personnelles.
Avis à ceux qui ne veulent voir que du positif ou qui refusent de voir ce qui se passe à Lac-Mégantic, arrêtez de lire ici.
Je me rappelle un mot de l'entrepreneur Raymond Lafontaine : «On a passé un an engourdi, c'est comme si on nous arrachait une dent à frette.» Chaque coup de pelle que l'on donne dans le centre-ville est un morceau de mon coeur qui saigne. Chaque fois qu'on me promet le plus beau centre-ville de la planète, je me dis que des promesses, j'en ai entendu dans ma vie.
Chaque fois que la loi est brandie pour faire étalage d'un pouvoir sur une population qui se sent flouée, mise de côté, incomprise, vue sans empathie, je me révolte.
Comme bien d'autres de mes concitoyens, j'ai fait un saut au psychosocial. La coupe était pleine, je n'en pouvais plus. J'ai reçu une oreille attentive, mettons que ça fait du bien.
Mais ce mal, il vient d'où? Je me suis dit que c'est un bien commun que nous avons perdu. Ce bien commun, il est fait de souvenirs, d'anecdotes, d'amis, de jeux, de temps passé à paresser, il est fait de tout ce qui vit dans notre mémoire. Ce bien commun, nous l'avons perdu et les raisons qu'on nous a données me laissent très perplexe.
Ma colère, mon anxiété, elles viennent de cette impuissance que j'ai à regarder notre bien commun être démoli au nom d'un projet annoncé auquel je n'ai pas l'impression de participer concrètement. La nature humaine est ainsi faite qu'elle s'adapte à tout, même à une telle perte. Les prochaines générations ne s'en feront pas. Nous, on vivra avec ces souvenirs.
Daniel Poulin,
Lac-Mégantic