photo alain roberge, la presse - mcmasterville --- portrait de m. raymond bedard, enseignant d'histoire en secondaire 4 a l'ecole d'education internationale a mcmasterville. pour un edition special sur la profession enseignants au quebec. --- - mardi 09 septembre 2014 gen # 700844(recu de Dufresne, Denis )

Notes maquillées

ÉDITORIAL / Des élèves au Québec obtiennent la note de passage sans l'avoir pleinement mérité. Un récent sondage effectué par la Fédération autonome de l'enseignement vient de lever le voile sur le phénomène. Sans son consentement, indique le sondage, un professeur sur deux a déjà vu la note accordée à l'un de ses étudiants être gonflée afin d'atteindre le seuil de passage. Cette forme de nivèlement par le bas apparaît tout simplement inacceptable.
Le sondage démontre entre autres que 20 % des professeurs subissent des pressions, tant des parents que des directions d'école, afin d'apporter des modifications de note au bulletin. Parmi les raisons invoquées, on fait valoir qu'il est bien de donner une chance à l'élève, qu'il est important d'améliorer le taux de réussite de l'école ou encore qu'il convient d'arrondir le résultat.
L'affaire a trouvé écho à l'Assemblée nationale où le ministre de l'Éducation a d'abord prétendu jeudi dernier que son ministère n'a donné aucune directive afin de pondérer les résultats. Sébastien Proulx, sans doute informé par son sous-ministre, a par la suite reconnu qu'un logiciel arrondit automatiquement à 60 % les notes de 58 et 59 % des examens provenant du ministère. Tiens, le chat sort du sac! La pondération, prétend-il, s'avère nécessaire pour éviter les erreurs de mesure. Puis, sans doute après y avoir réfléchi, le ministre a convenu que la question méritait d'être soulevée par les parlementaires.
Titulaire de la Chaire de recherche de la Commission scolaire de la région de Sherbrooke sur l'engagement, la persévérance et la réussite des élèves à l'Université de Sherbrooke, Anne Lessard admet avoir déjà entendu ce genre de propos dans les écoles. Sans être son champ d'action, l'évaluation des élèves l'intéresse vivement. Elle en connaît un bout sur le sujet et estime qu'à 55 %, un élève n'a pas les acquis pour passer au niveau suivant. Encore faut-il savoir, demande-t-elle, si ce qui est mesuré est bien ce qui est enseigné par les professeurs.
« Moi, je ne donne pas de diplôme dans une boîte de Cracker Jack », affirme-t-elle pour bien démontrer l'importance de satisfaire les exigences. Quand un étudiant obtient un diplôme, indique-t-elle, c'est bien mérité et le signe d'une maîtrise des compétences requises. Cela se comprend. Aucune personne le moindrement sensée n'irait consulter un médecin ou un avocat en sachant que celui-ci est un incompétent.
Le maquillage des notes, pense la titulaire, représente l'aboutissement de plusieurs rendez-vous manqués. Elle refuse pour autant de jeter la pierre aux écoles et aux commissions scolaires. Afin de pallier le manque de ressources financières attribuées par l'État pour accomplir leur mission, dit-elle, elles en sont réduites à « beaucoup de pirouettes ».
Il est bien de vouloir donner une chance aux élèves. Sauf que la note de passage à 60 % représente déjà un seuil minimal pour la maîtrise de compétences essentielles et la compréhension future d'autres matières. Aller plus bas revient à se tirer dans le pied.
Le maquillage des notes représente une bien mauvaise avenue. Quand on commence à jouer avec les chiffres, il est très difficile de prévoir où cette spirale va nous entraîner. Cela donne aussi une bien triste image de notre système d'éducation. Plutôt que de viser l'excellence, à laquelle aspire d'ailleurs une majorité de Québécois, on se contente de la médiocrité. Il est plus que temps de se donner un véritable projet de société en éducation au Québec et d'y consacrer l'argent et les efforts nécessaires.