Non, le Québec n’est pas à l’abri de la violence obstétricale

Marie-Hélène Lahaye, une juriste et auteure belge, était de passage à Montréal lors du lancement de son livre «Accouchement : Les femmes méritent mieux». Elle a effectué une tournée qui a touché des centaines d’individus, membres d’organismes communautaires, de groupes militants, en plus de participer à des panels de discussion.

Il semblerait que son passage ait été remarqué par l’Association des obstétriciens gynécologues du Québec (AOGQ) puisque son président a pris la peine d’écrire un texte sur votre plate-forme. Il est cependant malheureux que monsieur Fabien Simard, président de l’AOGQ, profite de l’occasion pour rapporter des propos tout à fait inexacts. Monsieur Simard a écrit ce texte «du point de vue de l’AOGC» et par cette réponse, nous invitons monsieur Simard ainsi que son association à élargir leur compréhension des violences obstétricales.

L’AOGC via son Président soutient que nous ne pouvons comparer nos pratiques en obstétrique et celles de la France. Il prétend également que les violences obstétricales n’existent pas au Québec. Il est vrai que les systèmes de santé du Québec et de la France sont tout à fait différents à plusieurs égards mais la différence ne prouve aucunement une absence de violence obstétricale.

Nous aimerions rappeler que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a produit une déclaration sur «La prévention et l’élimination du manque de respect et des mauvais traitements lors de l’accouchement dans des établissements de soins» après avoir constaté qu’un nombre croissant d’études sur l’expérience des femmes pendant l’accouchement rapportaient de nombreuses atteintes aux droits fondamentaux des personnes en situation d’accouchement, et ce, à travers le monde. Est-ce que monsieur Simard veut nous dire que le Québec fait exception à la règle? Il serait pour le moins étonnant que ce soit le cas, sachant que plusieurs chercheures du milieu universitaire québécois étudient la violence obstétricale en ce moment même, et ce, dans plusieurs disciplines.

Le Regroupement Naissance-Renaissance (RNR) étudie la question des violences obstétricales depuis plus de 10 ans par le biais de participation à des études partenariales avec des chercheures et par des ateliers dans de nombreuses régions du Québec qui nous ont permis de récolter les témoignages de centaines de femmes de tout horizon. Ce qui est indéniable, c’est que ces témoignages sont diamétralement opposés aux propos de monsieur Simard. Or, qui est le mieux placé pour juger de la situation au Québec entre un président d’une association de professionnel.les et les personnes qui vivent concrètement, dans leurs corps, l’expérience de l’accouchement?

Monsieur Simard parle de taux de satisfaction de 85% à 90%, mais nous savons depuis des années que ces chiffres sont erronés en raison de la méthodologie utilisée. En ce moment, les femmes sont interrogées sur leurs satisfactions dans un délai trop court, habituellement 24 heures. Pourtant de nombreuses études démontrent que cette façon de faire n’est pas adéquate et qu’il est nécessaire d’avoir un recul, ce qui est essentiel à une analyse appropriée des données. Comme toute expérience humaine, il faut laisser du temps au temps avant de pouvoir l’analyser et en faire ressortir des données fiables.

Quand l’Association des obstétriciens gynécologues du Québec affirme que ses membres établissent une relation basée sur la confiance et la continuité avec leurs patientes, on est en droit de se demander si leur président comprend l’organisation des soins qui prévaut dans le système de santé du Québec. La plupart des femmes se présenteront en travail à l’hôpital et devront se fier à un médecin inconnu d’elles. Peu de continuité est offerte aux femmes enceintes qui accouchent sous les soins des obstétriciens et obstétriciennes. Ce qui leur est offert c’est plutôt une continuité de surveillance et d’interventions gérées par des protocoles rigides et des pratiques non basées sur les données probantes qui ne sont pas adaptées à la personne qui accouche.

Le président parle beaucoup des sages-femmes du Québec dans son texte. Encore là, nous ne comprenons pas le lien entre les violences obstétricales, le nombre de suivis sage-femme et le taux de transfert. De plus, les chiffres cités sont encore une fois erronés. La violence obstétricale est une violence systémique genrée qui se manifeste par un non-respect des droits fondamentaux par des professionnels de la santé, peu importe le titre des professionnels en question.

Le président affirme également que tout est fait pour respecter l’autonomie de décision de la personne qui accouche, ce qu’on appelle dans le jargon médical le droit au consentement libre et éclairé. Le consentement libre et éclairé implique que la personne a pu consentir sans qu’une professionnelle ne fasse de pression sur elle et que le ou la professionnelle ait remis une information neutre permettant le choix éclairé.

Or, ce droit au consentement est constamment bafoué, non seulement au Québec, mais partout dans le monde! Si monsieur Simard en doute, nous l’invitons fortement à se documenter sur les études produites partout à travers le monde et au Québec. Il nous fera d’ailleurs plaisir de lui suggérer quelques lectures. Enfin, nous l’invitons à écouter celles que l’on devrait toujours écouter en premier, les premières concernées, celles qui vivent l’expérience, c’est-à-dire les femmes et les personnes qui accouchent.

Sophie Mederi pour le Regroupement Naissance-Renaissance
Montréal