Vendredi, les bénévoles de la Fondation Rock-Guertin ont remis des Paniers de l'espoir à 2200 familles dans le besoin, établissant un nouveau record.

Noël en partage

ÉDITORIAL / Les bénévoles des Paniers de l'espoir de la Fondation Rock-Guertin ont de nouveau accompli l'impossible. Ce vendredi, ils ont remis des victuailles à 2200 familles, établissant un nouveau record. Depuis 34 ans déjà, ils reviennent avec la même ferveur, déchirés par un étrange sentiment. Chaque fois, ils espèrent tous secrètement qu'il s'agira de la dernière année. À l'évidence même, ils devront s'armer de courage pour longtemps.
La pauvreté prend plusieurs visages. À Sherbrooke et dans la région, plusieurs familles parviennent de plus en plus difficilement à joindre les deux bouts. Leurs revenus faméliques prennent du retard comparativement à la hausse constante du coût de la vie. Déjà en position précaire, elles doivent faire des choix douloureux. Certains coûts comme le loyer ne pouvant être comprimés, elles en sont réduites à couper dans les frais de nourriture.
Des livreurs ont constaté que la pauvreté paraissait moins « aiguë », quoique toujours insidieuse. Les apparences sont bien trompeuses. La perte d'un emploi peut rapidement faire basculer une famille dans la misère. Au salaire minimum, un couple avec des enfants ou un simple individu se situent sous le seuil de la pauvreté. Le nombre important de personnes seules en a d'ailleurs frappé plusieurs. Pierre Morency s'étonnait pour sa part devant le jeune âge des bénéficiaires. Avec raison, se dit-il, les choses doivent s'améliorer.
« Le visage de la pauvreté change, répète Denis Fortier, directeur général de la Fondation. Ce ne sont plus seulement les bénéficiaires de l'aide sociale. »
« Mission accomplie », enchaîne-t-il aussitôt, encore transporté par l'émotion et l'engagement des bénévoles. À son avis, c'est l'implication de toute la population qui a permis de mener à bien sa mission. « Les gens ont tellement été généreux », reconnaissait-il avec admiration.
Année après année, la générosité des Estriens est donc toujours au rendez-vous. Héritage de nos ancêtres qui ont bâti ce pays, l'entraide constitue encore aujourd'hui l'une des plus belles valeurs de notre société. Quand les premiers bâtisseurs sont arrivés, ils n'apportaient bien souvent pour seul bagage, que quelques chaises, une table et leur courage. Une solidarité à toute épreuve leur a permis d'affronter les plus grands défis.
C'est ce même esprit qui anime maintenant les organisations comme les Paniers de l'espoir. Conscients d'être des privilégiés, les bénévoles s'engagent avec une vigoureuse détermination. « Ce n'est pas aujourd'hui qu'on va laisser tomber quelqu'un », doivent-ils se dire.
D'autres villes et communautés de l'Estrie tiennent également le même genre d'action pour soutenir les moins fortunés. Mentionnons ainsi les Soupers du partage de Jean Pelchat à Magog. Trémolos dans la gorge, celui-ci espérait pouvoir aider près de 400 familles cette année.
Autre exemple de cet engagement, les pompiers de Sherbrooke ont effectué leur 76e distribution de jouets samedi. Plus de 1100 enfants ont ainsi reçu des cadeaux. Qu'une organisation parvienne à maintenir le rythme pendant 76 ans est digne de mention. Garder la cadence pendant une aussi longue période témoigne d'une profonde conviction.
Il faut aussi souligner l'importante contribution des 2000 bénévoles de l'Opération Nez rouge. Samedi soir, ce service avait cumulé 3511 raccompagnements dans la région. En raison des conditions climatiques, on ratera peut-être l'objectif de 6000 transports. Demain, Bernard Sévigny et Marie-Claude Bibeau, le couple maire ministre, devrait former une équipe.
À tous ces bénévoles, un immense merci et un très joyeux Noël. Une pensée spéciale aussi à tous les prisonniers de l'enfer d'Alep en Syrie. Bon courage.