Noël en novembre

ÉDITORIAL / À moins d’un an des élections, le gouvernement Couillard a eu recours à une bonne vieille recette politique en annonçant mardi, dans sa mise à jour économique, une baisse d’impôt à compter de 2017, un chèque de 100 $ par année pour l’achat de fournitures scolaires et un réinvestissement important en santé et en éducation.

Bref, c’est comme Noël en novembre!

Ces mesures s’ajoutent à l’abolition de la contribution santé et à une première baisse d’impôt en mars dernier.

Au total, Québec dit ainsi remettre 2,3 milliards $ dans les poches des contribuables.

Avec un surplus de 2,7 milliards $ pour les cinq premiers mois de l’exercice financier en cours (et un excédent de 4,49 milliards $ en 2016-2017, avant le versement au Fonds des générations), le gouvernement surfe sur une économie en bonne santé, notamment avec une croissance anticipée du PIB de 2,6 pour cent cette année (un point de plus que prévu) et un taux de chômage historiquement bas, ce qui a permis des revenus beaucoup plus importants que prévu ces derniers mois.

Personne, bien sûr, n’est contre une baisse d’impôt, surtout au Québec où le fardeau fiscal des contribuables est le plus élevé au pays. De plus, nombre d’économistes le souhaitaient.

Toutefois, les compressions de plusieurs milliards $ en santé, éducation et développement régional entre 2014 et 2016 y sont pour beaucoup dans cette marge de manœuvre retrouvée.

Car ce cadeau préélectoral résulte en bonne partie de choix effectués au nom de la « rigueur budgétaire » qui ont grandement affecté la qualité des services, particulièrement en santé et en éducation, qu’il s’agisse des soins d’hygiène en CHSLD, du financement des CPE, de l’entretien des écoles ou des services spécialisés pour les élèves en difficulté d’apprentissage.

Sans compter les hausses de tarifs.

Faut-il rappeler que la Vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, avait constaté en 2015 que les compressions dans les services publics avaient surtout pénalisé les personnes démunies?

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, a annoncé un réinvestissement de 337 millions $ sur six ans en éducation, notamment pour l’embauche de professionnels au primaire, et de 105 millions $ par année en santé pour les services aux personnes vulnérables et prévenir les dépendances au cannabis.

Un troisième plan de lutte à la pauvreté, de 2,6 milliards $ sur six ans, sera annoncé bientôt alors que le Comité d’experts sur le revenu minimum garanti vient de recommander au gouvernement de plafonner l’aide sociale à 55 pour cent de la couverture des besoins essentiels, une façon de maintenir des centaines de milliers de Québécois dans la misère.

Le gouvernement libéral a beau se féliciter de sa saine gestion des finances publiques, il n’est pas certain que les réinvestissements annoncés permettront de réparer les dégâts et d’améliorer la qualité des services publics après des années de diminution de la croissance des dépenses.

Le travailleur de la classe moyenne aura droit à une baisse d’impôt d’au moins 278 $ par année et à 100 $ par année pour les fournitures scolaires des enfants de 4 à 16 ans.

Il est difficile de s’opposer à de telles mesures, mais le jeu en valait-il la chandelle?

S’il est vrai qu’il fallait redresser les finances publiques lors de l’arrivée au pouvoir du gouvernement Couillard, en avril 2014, était-il nécessaire d’imposer des compressions budgétaires d’une telle sévérité et à un tel rythme?

Aussi bienvenus soient-ils, ces baisses d’impôt et ces réinvestissements ressemblent à un Noël en novembre pour lequel les Québécois ont payé très cher au cours des dernières années.

En agissant ainsi, à un an des élections, le gouvernement Couillard n’est peut-être pas cynique, mais il n’est pas très subtil.