Philippe Couillard

Nier l'évidence

I l y a quelque chose de surréaliste dans le dossier des hydrocarbures au Québec : d'une part le premier ministre Philippe Couillard se présente en grand défenseur de l'environnement et de l'acceptabilité sociale mais, de l'autre, son gouvernement ouvre toute grande la porte aux pétrolières qui pourront forer à 150 mètres des résidences et même dans les cours d'eau!

En fait, M. Couillard et son ministre de l'Environnement, David Heurtel, disent une chose et son contraire.

Alors que près de 300 municipalités québécoises se battent depuis des mois pour obtenir une dérogation au Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) afin d'établir une distance séparatrice minimale de 2 km entre un puits de forage gazier ou pétrolier et les sources d'eau potable, au lieu de 500 mètres comme le prévoit le RPEP, Québec fait la sourde oreille.

Le comité de pilotage de ce dossier, formé de 10 maires, dont la mairesse d'Austin, Lisette Maillé, a demandé de rencontrer le ministre Heurtelpour lui présenter le rapport d'un collectif scientifique qui expose les risques de contamination de l'eau potable, mais n'a pas eu de réponse.

Parallèlement, Québec dévoilait la semaine dernière, à deux jours du déclenchement des élections municipales, des projets de règlements sur les hydrocarbures qui permettront des forages à 150 mètres d'une résidence, à 275 mètres des écoles, garderies et hôpitaux, et même dans les cours d'eau!

Alors, quelle est au juste la position du gouvernement par rapport aux distances séparatrices et quel règlement a préséance sur l'autre?

Plutôt que de répondre aux attentes du monde municipal, qui jugent déjà le RPEP trop permissif, Québec s'apprête à offrir encore davantage de marge de manoeuvre aux pétrolières.

Bref, on voudrait donner le Québec aux pétrolières qu'on ne ferait pas mieux!

Les explications du premier ministre Couillard et de son ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, sont pour le moins contradictoires.

Mercredi dernier, lors du congrès de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), M. Couillard a voulu rassurer les municipalités en déclarant que les MRC pourront interdire l'exploration et l'exploitation pétrolière et gazière dans leur schéma d'aménagement.

La veille, M. Arcand avait pourtant défendu les projets de règlement sur les hydrocarbures en affirmant qu'ils sont les plus stricts en Amérique du Nord et en invitant les municipalités à attendre que des projets de forage se présentent pour qu'ils soient analysés au fur et à mesure.

Mais en même temps, le ministre Arcand affirme que son gouvernement n'a pas l'intention de promouvoir les hydrocarbures, tandis que M. Couillard dit qu'il n'y aura pas de projets sans «acceptabilité sociale»!

Alors pourquoi, d'un côté, se doter de projets de règlements qui autoriseront les forages et la fracturation hydraulique pratiquement dans la cour arrière des résidences et dans les cours d'eau si, de l'autre, on dit que les MRC pourront les bloquer avec leur schéma d'aménagement et que de toute manière le gouvernement ne mise pas sur les hydrocarbures?

Que fait-on des études scientifiques selon lesquelles il y a bel et bien des risques de contamination des sources d'eau potable, alors que les entreprises détiennent des permis d'exploration sur 53 000 km2 du territoire québécois, dont des dizaines sur des cours d'eau?

Pourquoi ignorer l'évidence scientifique, entretenir l'ambiguïté et mettre à risque la santé publique?

Une colère justifiée

Le député de Sherbrooke et ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin, voit juste lorsqu'il dénonce l'entente entre le gouvernement canadien et Netflix, qui ne comporte pas d'engagement précis sur la production de contenu original francophone, à l'exception d'une enveloppe de 25 millions $ sur cinq ans pour permettre au géant américain de se familiariser avec le «secteur» culturel francophone.

Ottawa a non seulement abdiqué sa responsabilité, mais démontre un mépris pour les quelque 30 pour cent de francophones au Canada, dont la majorité sont au Québec.