Le site de Coventry au Vermont.

Ne pas lâcher

ÉDITORIAL / La mobilisation régionale et gouvernementale est plus que jamais nécessaire dans le combat contre l’agrandissement du lieu d’enfouissement de Coventry, au Vermont, et les risques de contamination du lac Memphrémagog, source d’approvisionnement en eau potable de 175 000 Estriens.

Car bien que les groupes environnementaux et les élus de la région n’aient pas dit leur dernier mot, le projet de Casella Waste Systems a reçu le feu vert de l’Agence des ressources naturelles du Vermont et pourrait bien aller de l’avant.

De plus, l’exploitant des lieux semble minimiser jusqu’ici les risques pour la santé du lac.

Tout au plus, dit son président John Casella, on pourrait améliorer le traitement des eaux usées de la station de Newport, qui reçoit quotidiennement près de 60 000 litres de lixiviat du site d’enfouissement, mais qui n’est pas équipée pour recevoir ce type de contaminants.

« Il n’y a rien de sûr, mais des discussions s’effectuent », dit-il.

Même l’Agence des ressources naturelles du Vermont serait d’avis que la pollution du lac n’est pas un enjeu dans ce dossier, ce qui est plutôt aberrant.

Lors d’une soirée de consultation tenue mardi dernier par la Commission environnementale du district 7, à Coventry, des représentants de la région, dont le maire de Sherbrooke Steve Lussier, le préfet de la MRC de Memphrémagog, Jacques Demers, le député d’Orford, Gilles Bélanger, et Robert Benoit, président de Memphrémagog Conservation inc. (MCI), de même que des mandataires d’Ottawa et de Québec, ont tous exprimé leurs craintes au sujet de l’agrandissement et des lacunes de la station de traitement des eaux usées de Newport.

MCI demande carrément l’arrêt du traitement du lixiviat à Newport et l’abandon du projet d’agrandissement à Coventry.

La région a certes des alliés : le groupe DUMP (Don’t Undermine Memphremagog’s Purity) et un avocat américain qui représente la Ville de Sherbrooke et la MRC de Memphrémagog, mais est-ce suffisant ?  

La Commission environnementale du district 7, qui est à étudier le projet avant son approbation finale, pourrait demander des règles plus sévères, notamment pour le traitement du lixiviat à Newport.

Mais pour l’heure, la situation est inquiétante puisqu’une fois traité, le lixiviat rejeté dans le lac Memphrémagog peut encore contenir des contaminants, dont le polyfluoroalkyle, un produit potentiellement cancérigène.

On ignore la teneur exacte de ces rejets et leur impact.

De plus, si Newport améliore la performance de sa station de traitement des eaux, Casella Waste Systems pourrait être tenté d’y acheminer davantage de lixiviat, craignent les opposants.  

Le député de Brome-Missisquoi, Denis Paradis, demande que la Commission mixte internationale sur les eaux limitrophes mène une étude indépendante sur l’impact des rejets sur le Memphrémagog et prévoit d’autres démarches au plan politique impliquant Ottawa et Washington.

L’exploitant entend agrandir ses installations de 21 hectares afin d’y enfouir 11 millions de tonnes supplémentaires au cours des 23 prochaines années.

Le site, d’une capacité de 600 000 tonnes par année, reçoit ses déchets principalement du Vermont, mais aussi des États du Maine, du New Hampshire et de New York.

Il est aberrant qu’un lac réservoir alimentant en eau une population de 175 000 personnes, en plus de constituer un attrait touristique majeur, fasse l’objet de calculs aussi mesquins.

On aimerait que le simple bon sens prévale dans ce dossier, que le principe de précaution ait préséance sur les intérêts financiers d’une entreprise dont le chiffre d’affaires est de 600 millions $ par année.

Il s’agit autant d’une question de santé publique que de préservation d’un écosystème unique.

Devant une situation aussi complexe et le manque de données scientifiques sur la contamination du lac Memphrémagog, Québec et Ottawa doivent intensifier leur offensive politique.