La 250e vigile en soutien au blogueur Raif Badawi, hier midi devant l’édifice de l’hôtel de ville de Sherbrooke, à laquelle ont pris part plusieurs dizaines de personnes, traduit la détermination des Sherbrookois à ne pas laisser tomber ce prisonnier d’opinion détenu en Arabie saoudite.

Ne jamais abandonner

ÉDITORIAL / La 250e vigile en soutien au blogueur Raif Badawi, hier midi devant l’édifice de l’hôtel de ville de Sherbrooke, à laquelle ont pris part plusieurs dizaines de personnes, traduit la détermination des Sherbrookois à ne pas laisser tomber ce prisonnier d’opinion détenu en Arabie saoudite.

Elle démontre également que le régime saoudien, qui affiche un mépris total pour les droits et libertés, ne pourra compter sur la lassitude des gens d’ici pour faire oublier le sort de ce jeune homme dont la famille est réfugiée à Sherbrooke.

Il faut saluer la persévérance de ces centaines de Sherbrookois qui, chaque vendredi depuis la fin de 2014, se donnent rendez-vous dans l’espoir que leur message soit entendu.

Des vigiles sont aussi tenues régulièrement dans plusieurs villes d’Europe et des pays scandinaves.

Raif Badawi, 35 ans, a été condamné en juin 2012 à 10 ans de prison, 1000 coups de fouet (il en a reçu 50 jusqu’ici) et à 300 000 $ d’amende pour ses écrits sur la liberté d’expression et « insulte l’islam ».

Mais malgré les vigiles, les pressions exercées par le Canada, le Parlement européen, l’Assemblée nationale du Québec, Amnistie internationale et Avocats sans frontières, Raif Badawi continue de croupir en prison. 

Lors d’une visite à Sherbrooke en janvier dernier, le premier ministre Justin Trudeau avait affirmé avoir eu une conversation avec le roi Mohamed ben Salmane pour tenter de le convaincre de libérer M. Badawi. En vain.

Il s’était aussi entretenu avec l’épouse de ce dernier, Ensaf Haidar.

Mais depuis? Silence radio.

Pire, le sujet a été à peine effleuré depuis le début de la campagne électorale fédérale.

Il n’est certes pas évident de discuter des droits et libertés avec le dirigeant d’un pays dont le système répressif est une machine à broyer les humains, mais Ottawa donne néanmoins l’impression que le dossier n’est plus une priorité.

En outre, le Canada nage en pleine contradiction : il fait commerce avec l’Arabie saoudite, notamment la vente de matériel militaire, tout en se prétendant être un grand défenseur des droits de la personne.

Mireille Elchacar, coordonnatrice d’Amnistie internationale à Sherbrooke, salue les efforts diplomatiques du Canada, mais estime que Justin Trudeau devrait faire preuve de plus de leadership.

 « Le gouvernement ne veut pas indisposer le régime en ne mettant pas  trop de pression; on n’est pas d’accord », dit-elle.

Selon elle, « c’est vraiment un cas emblématique; le Canada devrait saisir cette occasion pour démontrer qu’il revient à l’avant-garde en ce qui a trait aux droits humains ».

Pour l’heure et en attendant des actions plus énergiques des gouvernements, les militants de Sherbrooke et d’ailleurs dans le monde demeurent la voix de Raif Badawi. La seule.

Inacceptable

La direction du Bloc québécois a vraisemblablement passé l’éponge sur la bêtise de quatre de ses candidats, dont Claude Forgues, dans la circonscription de Sherbrooke, qui ont publié des propos méprisants à l’égard de la religion musulmane.

La liberté d’expression comporte le droit de critiquer les religions, mais implique aussi des responsabilités, dont le respect des autres.

On ne peut tolérer les insultes et le mépris des individus en raison de leur religion, de la couleur de leur peau, de leur orientation sexuelle ou de leur statut social. 

Les quatre candidats du Bloc québécois, Carole Desbiens, Lizabel Nitoi, Valérie Tremblay et Claude Forgues, ont présenté des excuses. Fort bien.

Mais cette histoire risque de porter ombrage au Bloc québécois au moment ou cette formation a le vent en poupe dans les sondages.

Elle traduit également un manque flagrant de jugement de la part de ces personnes qui aspirent à un poste de député, donc de représentants de tous les citoyens, sans exception.