Mourir de froid

ÉDITORIAL / La vague de froid qui déferle sur le continent européen a jusqu'ici fait cinq morts chez les réfugiés. Bien souvent logés dans des campements rudimentaires, ceux qui fuient les horreurs de la guerre au Moyen-Orient se retrouvent aujourd'hui à la merci du climat. La situation est à ce point critique que l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) demande aux gouvernements européens de faire un effort supplémentaire afin de leur porter secours.
Pays profitant d'un climat généralement agréable, la Grèce est particulièrement affectée par les rigueurs de l'hiver. La semaine dernière, la température a dégringolé sous les dix degrés Celsius et 30 centimètres de neige sont tombés. Dans ce pays reconnu pour son climat chaud, il s'agit déjà d'une catastrophe pour ceux qui ont la chance d'avoir un toit au-dessus de leur tête. Imaginez pour les migrants qui doivent vivre sous des tentes de camping !
Dans l'île de Lesbos, où bon nombre échouent, les conditions seraient particulièrement déplorables.
« Cela fait plus de huit mois qu'environ 40 000 réfugiés sont coincés en Grèce dans des conditions qui sont très loin de standards humanitaires », a confié à Radio-Canada le chef de mission de Médecins sans frontière en Grèce, Loïc Jaeger. Celui-ci déplore la lenteur des autorités à réagir, soulignant que son organisation lance des signaux de détresse depuis de nombreux mois.
Les réfugiés ont également la vie dure dans plusieurs autres pays européens, particulièrement dans les Balkans. En Serbie notamment, un millier d'hommes sont exposés à des conditions extrêmes dans des camps de fortune dans la capitale, Belgrade.
Une porte-parole du HCR a révélé que certains pays continuent de repousser les réfugiés et les migrants vers les pays voisins. On leur a même confisqué des vêtements pour les forcer à fuir.
La guerre en Syrie semble être la cause principale de cette vague migratoire vers l'Europe. Plus de quatre millions de Syriens ont ainsi préféré se lancer sur la route de l'exil plutôt que de risquer d'être tués dans les combats.
Dans un premier temps, ils ont pour la plupart trouvé refuge au Liban, en Jordanie et en Turquie.
Ces pays n'ont pas la capacité d'héberger autant de monde en si peu de temps. Faute de ressources suffisantes, les migrants tentent ainsi d'améliorer leur sort en essayant de gagner l'Europe.
En début de semaine dernière, le gouvernement du Québec a pris la décision de mettre fin au programme de parrainage privé afin d'accueillir des familles de réfugiés. Nous l'avons écrit, ce choix est fort discutable dans une période où la situation des migrants semble des plus précaires.
Il est facile de comprendre l'ampleur du défi logistique que pose cette vague migratoire aux pays européens. L'initiative de groupes privés aurait pourtant permis de soulager un peu cette misère.
Professeur de droit international public à l'Université McGill et rapporteur spécial des Nations unies pour le droit des migrants, François Crépeau rappelle que les mafias tirent grassement profit de ce flot migratoire.
Faute d'un plan d'accueil, ces migrants n'ont bien souvent d'autre choix que de se tourner vers elles pour atteindre leur but. « Ils vont venir, qu'on le veuille ou non », a-t-il confié à Radio-Canada.
Aussi bien avoir une stratégie pour les accueillir et les diriger rapidement vers les pays qui sont prêts à les recevoir. Le monde ne peut fermer les yeux sur cette tragédie. Celle-ci risque de dégénérer et de rompre un équilibre déjà trop fragile.