Le ministre des Finances du Canada Bill Morneau

Morneau dans l'eau chaude

ÉDITORIAL / Les semaines se suivent et se ressemblent pour le ministre des Finances du Canada. Bill Morneau est dans l’eau chaude depuis qu’il a présenté le projet de loi modifiant les normes de gestion des régimes de retraite. L’opposition le talonne depuis des mois et pense avoir trouvé le maillon faible du gouvernement Trudeau. Aucun ministre ou membre d’un gouvernement, aussi bon soit-il, ne peut résister bien longtemps à pareille pression.

Rappelons d’abord que Bill Morneau est propriétaire de la firme Morneau Shepell, justement spécialisée dans l’administration des fonds de retraite. Dès sa nomination, conviennent les observateurs de la scène politique, celui-ci aurait eu tout intérêt à confier ses parts à une fiducie sans droit de regard. C’est la pratique habituelle employée par les gens d’affaires qui souhaitent faire le saut en politique tout en conservant l’entreprise qu’ils ont peiné à construire. Même si rien ne l’y obligeait, Pierre Karl Péladeau a agi de la sorte en devenant chef du Parti québécois.

Bill Morneau a d’ailleurs obtenu la bénédiction de la Commissaire à l’éthique. Dans une tentative de faire taire les critiques, le ministre des Finances a même fait don à des œuvres de charité d’une somme de 5 M$, l’équivalent de ses profits. La manœuvre n’a pas ralenti les ardeurs de l’opposition, bien au contraire. La révélation, la semaine dernière, que le père du ministre aurait profité d’informations privilégiées pour vendre des actions a eu pour effet de remettre de l’huile sur le feu.

Cible d’attaques répétées, le ministre Morneau est devenu une distraction pour le gouvernement Trudeau, au point de chambouler son agenda. En visite ces jours-ci en Chine, le premier ministre ne pourra se porter à sa défense. La présente semaine sera donc critique pour son avenir. De l’avis de certains journalistes de la colline parlementaire, le ministre a de la difficulté à bien se défendre, évitant même de répondre à certaines questions en français. Selon Michel David du Devoir, « plus ça va, plus il est mauvais ».      

Devant un tribunal, il est ardu de prouver les fondements d’un délit d’initié. Par contre, l’apparence de conflit d’intérêts est aussi dommageable que le conflit d’intérêts lui-même. L’opinion publique est impitoyable envers les politiciens qui semblent profiter de leur position pour avantager leurs proches ou leur fortune personnelle. Les critiques sont d’autant plus sévères que Justin Trudeau a promis de gouverner autrement, ayant lui-même édicté des règles de transparence à ses ministres.  

Bill Morneau aura du mal à se tirer de ce mauvais pas. L’opposition va s’acharner sur son dos et se disputer ses lambeaux. Il n’a guère d’autre issue que celle de quitter son poste de manière à ne pas embarrasser son gouvernement plus longtemps.

Urgence!

Le ministère des Transports vient de rouvrir le viaduc de la route 141 à Magog. Cette semaine, il va de nouveau bloquer des voies de l’autoroute 10 afin de procéder à l’inspection complète de l’ouvrage. N’aurait-on pas pu profiter de la fermeture de l’infrastructure et des travaux de réparation pour effectuer ce travail?

Le viaduc ayant été endommagé le 25 août, il a fallu attendre le 30 octobre pour voir les travaux de réparation démarrer. C’est long neuf semaines quand votre revenu en souffre ou qu’il vous faut parcourir un détour. Le mot « urgence » n’a visiblement pas la même signification pour tout le monde. Bravo tout de même aux ouvriers qui ont terminé les réparations en un temps record.