Contrairement à l’an passé, les migrants ne seraient pas des Haïtiens qui quittent les États-Unis à la suite d’une décision du président Trump. David Heurtel indique que bon nombre de demandeurs d’asile qui se sont présentés ces derniers mois sont d’une douzaine de provenances et que leur demande n’est pas liée à la fin des statuts temporaires spéciaux aux États-Unis.

Migrants: dans la cour d’Ottawa

ÉDITORIAL / Répondre à ses engagements humanitaires et s’assurer de dispenser un niveau de services convenable aux demandeurs d’asile qui risquent d’affluer de nouveau au Québec cet été n’est pas l’unique objectif du gouvernement Couillard dont quatre ministres ont interpellé lundi le gouvernement fédéral. Les libéraux veulent aussi prévenir les coups de l’opposition et éviter de faire les frais de ce dossier chaud à quelques mois des élections. Ils dirigent les tirs vers Ottawa.

C’est en effet au gouvernement fédéral qu’incombe la responsabilité de gérer les frontières et les demandes d’asile. Le gouvernement Couillard élève enfin le ton devant celui de Justin Trudeau qui a fait preuve d’insouciance et d’improvisation dans ce dossier.

C’est une chose de twitter «Bienvenue au Canada» comme l’a fait l’an dernier M. Trudeau et de répéter que le Canada est un pays ouvert et accueillant. C’en est une autre de faire face à une arrivée massive de migrants sur le chemin Roxham en Montérégie, de combler leurs besoins d’hébergement, de santé, d’éducation et de leur accorder des permis de travail temporaires en attendant de traiter leur demande puis, par la suite, de s’assurer de l’intégration réussie de ceux qui pourront rester ici.

Souhaitons que Québec ne se dégonflera pas et qu’il ne se laissera pas berner par de vagues promesses à la rencontre de mercredi du groupe de travail intergouvernemental spécial sur la migration irrégulière.

Le gouvernement Couillard devra également préciser ce qu’il adviendra des migrants irréguliers lorsque ses centres d’hébergement temporaires seront occupés à 85 %. L’an dernier, il avait ouvert le Stade olympique pour eux, mais cette année, son ministre de l’Immigration dit qu’il avisera Ottawa qu’il n’a plus de place. Mais encore? 

Québec veut le paiement d’une facture de 146 millions $ qu’il a transmise à Ottawa en mars, et il lui réclame aussi, et avec raison, un nouveau plan de match. 

Contrairement à l’an passé, les migrants ne seraient pas des Haïtiens qui quittent les États-Unis à la suite d’une décision du président Trump. David Heurtel indique que bon nombre de demandeurs d’asile qui se sont présentés ces derniers mois sont d’une douzaine de provenances et que leur demande n’est pas liée à la fin des statuts temporaires spéciaux aux États-Unis. Il évoque même la possibilité d’un réseau de passeurs de migrants.

Raison de plus, pour les libéraux, de ne pas se faire prendre de court par l’opposition avec ce dossier et de ne pas susciter la méfiance de citoyens qui estiment que le Québec accueille déjà trop «d’étrangers».

Les ministres québécois ont parlé lundi de saturation des services. Devant une hausse de 700 % des demandes d’asile en sol québécois, cela est fort possible. On ne peut toutefois s’empêcher de penser que le gouvernement Couillard veut éviter de subir les mêmes critiques que l’été dernier lors de l’arrivée des migrants haïtiens.

Le chef péquiste Jean-François Lisée parlait des «invités de Justin Trudeau». Il demandait combien coûterait l’accueil de ces milliers de personnes alors que le Québec manquait de fonds pour donner un deuxième bain aux malades des centres d’hébergement de soins de longue durée. 

François Legault, le chef de la CAQ, affirmait pour sa part que le Québec ne devait pas devenir une passoire et que le Québec n’avait pas la capacité financière d’accueillir «ces gens-là».

Les risques de dérapage et de récupération partisane en alimentant les peurs d’une partie de la population sont bien réels. Au Québec comme ailleurs au Canada.

Le gouvernement Trudeau se rendrait à lui aussi un grand service s’il répondait positivement aux doléances du gouvernement Couillard et assumait pleinement ses responsabilités.