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«Mieux vaut prévenir que guérir» : un système de santé résilient aux chocs climatiques (1/2)

Marc Brullemans, Ph.D. Biophysique
Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste et les enjeux énergétiques, membre de GMob
Jacques Benoit, D.E.S.S. D.É.C
Membre de GMob
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DES UNIVERSITAIRES / (13 de 15) Jamais ce dicton ne se sera autant vérifié, jour après jour, que par les contraintes auxquelles le Québec a dû faire face depuis mars 2020.

Si nos gouvernements avaient été davantage prévoyants et entrevu les possibles impacts d’une telle pandémie, parions qu’ils auraient tenté de mettre en place tout le nécessaire pour protéger la population et réduire au maximum les effets de la COVID-19. Mais qu’ont-ils véritablement appris de cette pandémie?

Certes, stocker des masques N95 peut faire partie d’une stratégie de prévention, mais de quels équipements de protection aurons-nous besoin pour faire face aux inondations, aux sécheresses, aux incendies de forêt, etc.? La catastrophe climatique aura des répercussions encore plus importantes que la pandémie sur nos conditions de vie.

Ainsi, le Lancet Countdown, réunissant 35 établissements universitaires et agences des Nations Unies, affirme «que les changements climatiques constituent la plus grande menace du 21e siècle pour la santé mondiale».

Le réchauffement planétaire, par la hausse de la température et l’augmentation du nombre de canicules, et par ses événements météorologiques extrêmes et parfois nouveaux, a déjà des impacts sur notre santé. Outre l’incontournable hyperthermie causant baisse de productivité et décès, il faut relever les maladies respiratoires, comme l’asthme ou les allergies, exacerbées par les feux de forêt ou par l’augmentation du niveau de pollen, l’apparition de nouvelles maladies (virus du Nil occidental, maladie de Lyme, dengue), mais aussi les problèmes sociaux et de santé mentale: chocs post-traumatiques, stress, troubles anxieux, dépressions, abus de substances, violences familiales, etc. Et comme partout ailleurs, ce sont les personnes les plus démunies qui subissent et subiront, de manière disproportionnée, les «changements climatiques».

Un rapport sur la situation au Canada (Clark et coll. 2021) souligne que «l’augmentation des décès, des maladies et des coûts en santé suit l’augmentation de l’ozone troposphérique [avec des coûts estimés] à 86 milliards de dollars par année d’ici 2050 et à 250 milliards par année d’ici 2100. Sur une période de 10 ans à la fin du siècle, les maladies respiratoires liées à l’ozone pourraient entraîner 270 000 hospitalisations et décès prématurés, soit plus que la population de la ville de Gatineau.»

Rappelons que l’ozone troposphérique est étroitement lié aux produits de combustion des hydrocarbures et à la présence de méthane, lesquels sont des polluants précurseurs de l’ozone. Particulièrement par temps chaud et ensoleillé, et près des axes routiers, l’ozone cause de l’asthme et affecte la productivité des champs.

D’ailleurs, selon la Coalition pour le climat et l'air pur, la réduction des fuites de méthane, un des précurseurs de l’ozone, préviendrait, au niveau mondial, environ 260 000 décès prématurés et 775 000 visites à l'hôpital chaque année.

Le système de Santé, par ses propres émissions, participe aussi au problème du réchauffement, mais comme pour le secteur alimentaire (production, transformation et distribution), ses émissions peuvent difficilement être réduites à zéro. 

LES FAITS

  • Selon le Lancet Countdown, «le système de santé canadien occupe le troisième rang mondial en ce qui a trait aux émissions de GES par personne».
  • Une étude évaluait qu’en 2015, le système de santé canadien était responsable de 33 millions de tonnes d'équivalent CO2 , soit environ 0,8 tonne par habitant.
  • L’analyse de Clark et coll. (2021) démontre qu’au Canada, selon un scénario d’émissions modérées, le taux d’hospitalisation due à la chaleur augmentera de 21 % d’ici 2050 et doublera d’ici 2100.
  • Les changements climatiques causent aussi d’importants traumatismes. Selon une étude menée auprès des évacués de l’incendie de Fort McMurray en 2016, «29 % des participants répondaient aux critères diagnostiques du trouble de stress post-traumatique, 26% à ceux de la dépression et 43% à ceux de l’insomnie».
  • Au Québec, les infrastructures nécessaires aux soins et services ont été négligées depuis longtemps. Par exemple, selon les données 2017 du ministère, seulement 20% des chambres en CHSLD sont climatisées.

C’EST POURQUOI…

  • Nous avons besoin d’un réseau de soins de santé et de services sociaux robuste, doté d’une première ligne interdisciplinaire proactive et préventive.
  • Les services de Santé publique et les organismes communautaires doivent être soutenus adéquatement, les deux ayant une importance capitale en temps de crise.
  • Nous avons besoin du bon soin/service par le bon professionnel au bon moment, agissant en amont des complications.
  • Notre réseau de soins de santé et de services sociaux doit chercher à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES).

 Conséquemment (tiré de la fiche C-DUC 11 du Plan de la DUC)...

Nos gouvernements doivent, par exemple

  • Hausser le financement fédéral de la Santé, en priorisant les services sociaux.
  • Mettre à niveau les équipements de climatisation des établissements du réseau, et planifier les aménagements urgents nécessaires pour limiter l’infiltration de la chaleur extérieure.
  • Remplacer les systèmes de chauffage et climatisation alimentés aux énergies fossiles par des systèmes utilisant l’électricité, la géothermie ou l’énergie solaire.

Nos municipalités devraient, entre autres

  • Veiller à ce que les crises climatiques soient une préoccupation centrale dans la gestion et l’organisation de tous les services municipaux, avec priorité aux plus vulnérables, dans une optique de prévention.
  • Établir des refuges communautaires autonomes, climatisés, chauffés, munis de systèmes de filtration de l’air, pouvant assurer des soins d’urgence et une réponse alimentaire.
  • Offrir aux citoyen.ne.s volontaires une formation gratuite en sécurité civile, sauvetage et premiers soins, si possible adaptée à la région et aux risques climatiques.

 La population pourrait, notamment

  • Veiller à ce que les crises climatiques soient une préoccupation centrale dans la gestion et l’organisation de tous les soins et services, avec priorité aux plus vulnérables, dans une optique d’adaptation et de prévention.
  • Suivre des ateliers de premiers soins, de sauvetage ainsi qu’une formation en sécurité civile.

Ce second chantier de résilience est extrêmement complexe. Dans un prochain texte, nous aborderons la question des structures et de la gestion d’un système de soins de santé et services sociaux plus résilient aux chocs climatiques.

Parce qu’en cette matière aussi, il vaut mieux prévenir que guérir.

Marc Brullemans et Jacques Benoit sont membres du regroupement Des Universitaires

Questions ou commentaires?

Ce texte fait partie d’une série de 15 articles qui visent à faire connaître le Plan de la DUC, élaboré par l’équipe de GroupMobilisation (GMob) dans le cadre de la «Déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique», qui a été reconnue par 525 municipalités représentant 80% de la population québécoise.