Élisabeth Brière, qui a été élue députée fédérale dans Sherbrooke

Mieux servis?

ÉDITORIAL / Avec un paysage politique pratiquement inchangé en Estrie, à la suite du scrutin fédéral de lundi dernier, à l’exception de Sherbrooke, où la libérale Élisabeth Brière a délogé le néo-démocrate Pierre-Luc Dusseault, la région sera-t-elle mieux servie? Et les dossiers prioritaires aboutiront-ils plus rapidement?

Rappelons que la libérale Marie-Claude Bibeau a obtenu un second mandat dans Compton-Stanstead, tout comme les conservateurs Alain Rayes, dans Richmond-Arthabaska, et Luc Berthold, dans Mégantic-l’Érable.

Dans Brome-Missisquoi, la libérale Lyne Bessette succède à Denis Paradis, qui y a représenté le PLC de 1995 à 2006 puis de 2015 à 2019.

Plusieurs intervenants politiques, dont le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, ont dit espérer que la continuité permettra de faire cheminer plus rapidement leurs dossiers, notamment ceux de l’aéroport de Sherbrooke, de l’accès à internet haute vitesse dans les petites communautés et de la sécurité ferroviaire.

L’obtention d’un deuxième mandat par le gouvernement libéral de Justin Trudeau à Ottawa, même minoritaire, et l’élection de trois députées libérales en Estrie sont-ils de bon augure?  

Le fait que Sherbrooke soit maintenant représentée par une députée membre du gouvernement permettra-t-il de faire aboutir le dossier de l’aéroport régional pour lequel les municipalités réclament depuis des années une désignation par l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA)?

En campagne électorale, la candidate Élisabeth Brière avait fait de ce dossier une priorité.

Le hic est que sa collègue de Compton-Stanstead, Marie-Claude Bibeau, en poste depuis 2015, avait aussi fait de l’aéroport régional une priorité, mais sans parvenir à faire avancer les choses, affirmant même en décembre dernier qu’elle « ne pouvait en faire plus » et invitant la Corporation de l’aéroport de Sherbrooke à signer d’abord une entente avec un transporteur aérien.

À défaut d’une désignation, elle avait aussi proposé à l’aéroport régional d’imposer une taxe aux passagers et d’en conserver les revenus pour assumer à ses frais les services de l’ACSTA. 

La Ville de Sherbrooke vise une entente avec un transporteur aérien pour le printemps 2020.

Mais pour ce qui est d’une désignation, on attend toujours.

Autre dossier majeur pour la région : la sécurité ferroviaire.

La Coalition de citoyens et d’organismes engagés pour la sécurité ferroviaire à Lac-Mégantic dénonce depuis des années le mauvais état des voies ferrées exploitées par la compagnie Central Maine & Quebec Railway (CMQR), entre Farnham et Lac-Mégantic, et a demandé en vain jusqu’ici l’arrêt du transport de matières dangereuses sur ce tronçon.

Elle exige aussi une enquête publique sur la tragédie de juillet 2013, qui avait fait 47 morts et détruit le centre-ville de Lac-Mégantic. 

À la suite d’un rapport d’inspection de Transports Canada faisant état d’une augmentation de 110 % du nombre de rails défectueux entre 2015 et 2018 sur le tronçon cité plus haut et d’une mise en demeure de la Coalition, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a donné en septembre dernier un ordre ministériel pour obliger CMQR à augmenter le nombre d’inspections et à effectuer les réparations qui s’imposent.

Pour ce qui est de l’enquête publique, également réclamée par l’Assemblée nationale du Québec, Ottawa oppose toujours une fin de non-recevoir. 

Les députés libéraux estriens appuieront-ils la Coalition en ce sens? Celle-ci pourra-t-elle au moins compter sur l’appui des néo-démocrates et des bloquistes à Ottawa?  

La même question se pose au sujet de plusieurs dossiers qui traînent depuis des années en Estrie, notamment l’implantation d’internet haute vitesse dans les petites municipalités, la demande de libération du blogueur Raif Badawi, détenu en Arabie saoudite, ou encore les risques que représente le lieu d’enfouissement de Coventry, au Vermont, pour la qualité de l’eau du lac Memphrémagog.

Il faut certes féliciter les députés pour leur élection ou leur réélection, mais aussi leur rappeler qu’ils devront répondre aux attentes légitimes des citoyens.