Mettre les citoyens dans le coup

ÉDITORIAL / L’importance du projet de centre d’affaires et d’entrepreneuriat Well inc. pour la revitalisation du secteur de la rue Wellington Sud ne fait pas de doute.

Mais celui-ci a été plutôt mal ficelé et, surtout, mal expliqué jusqu’ici autant aux citoyens qu’aux élus municipaux.

Il est donc temps pour la Ville de Sherbrooke de mettre les pendules à l’heure, d’expliquer le bien-fondé de ce projet de près de 70 millions $ qui sera réalisé avec un consortium privé formé du bras immobilier de la FTQ, du Groupe Custeau et de SherWeb.

Well inc. reçoit certes l’appui de l’Association des gens d’affaires du centre-ville, de la Chambre de commerce, de Sherbrooke Innopole et de l’Université de Sherbrooke, mais on n’a guère l’impression que la population, les petits commerçants du quartier et même les groupes communautaires sont réellement dans le coup.

Si le règlement d’emprunt de 26 millions $, qui représente la participation de Sherbrooke pour la reconstruction d’un stationnement à étages, l’aménagement d’une place publique et un lien entre les rues du Dépôt et des Grandes-Fourches, obtient le feu vert, l’administration municipale aura tout un travail de communication à effectuer.

La tenue du registre permettant aux citoyens de s’opposer au règlement d’emprunt prend fin ce vendredi.

Si tout va comme prévu, le conseil municipal aura jusqu’au 15 février, date de la fin de l’entente d’exclusivité avec le consortium, pour analyser le dossier et adopter le règlement d’emprunt de 26 millions $.

Le consortium investirait de son côté 45 millions $ pour construire deux tours où logeront des entreprises et des organismes de développement économique.

Le maire Steve Lussier, qui avait menacé en campagne électorale d’imposer un moratoire sur ce projet et dénoncé le fait que celui-ci avait été lancé sans appel d’offres, a changé son fusil d’épaule après avoir rencontré les représentants du consortium.

Mais s’il promet de s’assurer de la rentabilité du projet, il admet ne pas disposer pour le moment de davantage d’information que celle déjà transmise aux autres élus, ce qui n’est pas très rassurant pour les contribuables.

Les documents publics concernant Well inc. seront déposés sur le site internet de la Ville mardi prochain.

Le consortium devrait quant à lui dévoiler en février le concept d’aménagement de Well inc.

M. Lussier doit maintenant tenter d’assembler les morceaux de ce casse-tête, démontrer la viabilité du projet et en expliquer l’impact sur le compte de taxes des contribuables sherbrookois.

Il devra aussi convaincre les nombreux élus qui dénoncent le manque de transparence dans ce dossier et estiment que la Ville a placé la charrue avant les bœufs, notamment avec l’achat de terrains et d’immeubles, rue Wellington Sud, sans connaître les détails du projet.

Et qu’advient-il de la promesse du maire de lancer un appel d’offres pour ce projet?

Mais, surtout, l’administration Lussier doit préciser la vision et les intentions de la Ville particulièrement en ce qui trait à la population du quartier, l’une des plus défavorisées en Estrie, à la pérennité des commerces locaux et à la présence des organismes communautaires, notamment le futur centre de jour destiné à offrir des services sociaux et de santé aux personnes marginalisées.

Sherbrooke ne doit pas faire l’erreur qu’ont faite d’autres villes comme Montréal où la revitalisation et l’embourgeoisement de certains quartiers, notamment dans Saint-Henri et Hochelaga-Maisonneuve, ont pour effet d’entraîner une augmentation du prix des loyers et de chasser les résidents et petits commerçants.

Avec Well inc., l’ancien maire Bernard Sévigny avait lancé, peu avant la fin de son mandat, le premier projet d’envergure pour revitaliser ce secteur qui en a grand besoin.

Il appartient maintenant aux élus du nouveau conseil municipal de se prononcer sur le règlement d’emprunt de 26 millions, si celui-ci n’est pas rejeté par les citoyens, et d’être vigilants sur le partage des coûts entre la Ville et le privé.

Well inc. représente une occasion unique de créer un noyau pour le développement économique et l’entrepreneuriat au centre-ville de Sherbrooke, mais il faut aussi en faire une expérience de mixité sociale et mettre les citoyens du quartier dans le coup.