Mettre les citoyens dans le coup

ÉDITORIAL / On sait encore peu de choses des intentions de la Ville de Sherbrooke au sujet d’une série d’immeubles à logement de la rue Galt Ouest qui pourraient être démolis dans le cadre d’un projet de revitalisation, mais suffisamment pour inquiéter les résidents du secteur et l’Association des locataires de Sherbrooke.

Avec raison. Car advenant une démolition, où iront ces locataires à faible revenu?  

La Tribune révélait en juin dernier que la Ville pourrait acquérir de gré à gré ou par expropriation jusqu’à neuf immeubles à logements du côté nord de la rue Galt Ouest, entre les rues Saint-Antoine et Alexandre, afin d’élargir cette voie de circulation et d’agrandir le parc Dufresne.

Les immeubles visés comptent un peu plus d’une quarantaine de logements plus ou moins en bon état mais qui permettent à des ménages peu fortunés de se loger à un prix acceptable.

Bien que ce projet ait fait l’objet de discussions au comité exécutif de la Ville de Sherbrooke, en mai dernier, les élus ont été pris de court lorsque celui-ci a été rendu public.

Et, pour l’heure, les locataires directement concernés s’interrogent sur leur avenir alors que les logements abordables sont difficiles à dénicher.

De plus, locataires comme propriétaires n’ont pas été informés ni consultés par la Ville même s’ils sont les premiers concernés. Une séance d’information est toutefois prévue éventuellement.

« Déraciner ces gens-là fait aussi mal que les hausses de loyer qu’ils devront subir! » lance Normand Couture de l’Association des locataires de Sherbrooke.

Cet organisme suit le dossier de près : il entend soutenir les locataires visés et exercer des pressions sur la Ville de Sherbrooke pour que leurs droits soient respectés.

Ce secteur est dévitalisé et on y retrouve une population vulnérable avec des problèmes de pauvreté, d’itinérance et de toxicomanie.

En revanche, de nombreux résidents y vivent parfois depuis plus de 20 ans et en ont fait leur milieu de vie : les gens se connaissent et s’entraident.

En outre, ce bout de rue est situé à proximité de nombreux commerces et services, ce qui permet aux citoyens de s’y rendre à pied.

S’il normal et souhaitable que la Ville de Sherbrooke veuille revitaliser ce secteur qui en a grand besoin, cela doit se faire dans le respect des résidents actuels.

Il faut surtout les mettre dans le coup et ne pas faire en sorte qu’ils ne se sentent plus chez eux et soient chassés de ce quartier par des hausses de loyers. Pourquoi ne pas prévoir, par exemple, des logements sociaux?

Les mêmes inquiétudes ont été exprimées par des citoyens et organismes à la suite du dévoilement du projet de revitalisation Well inc., l’an dernier.

Trop souvent les projets de revitalisation des vieux quartiers entraînement un embourgeoisement, des hausses de loyers et l’exode des résidents peu fortunés, tout comme celui des petits commerces.

On l’a vu dans le quartier Saint-Roch, dans la Basse-ville de Québec, dans Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, où les démolitions et la revitalisation ont attiré des gens plus fortunés et adeptes de la nouvelle « tendance » que représentent ces quartiers revampés, au détriment de la population traditionnelle qui se retrouve alors en périphérie, souvent dans des secteurs anonymes et plus chers.

Il faut éviter que cela se produise sur Galt Ouest et faire en sorte que le renouveau urbain qui s’y prépare prenne en compte la population locale et favorise une forme de métissage social.

Voilà une occasion où Sherbrooke peut se différencier!

Mais, dans le scénario du pire, la Ville aura la responsabilité morale de soutenir et de dédommager les locataires qui seront contraints de quitter.