Mégaporcherie : 10 propositions citoyennes à la veille de la consultation publique

LA VOIX DES LECTEURS / À la suite de la mobilisation citoyenne, la MRC du Val-Saint-François a accepté d’organiser une consultation publique concernant le projet de mégaporcherie dans la municipalité du Canton de Valcourt. Cette rencontre se tiendra le mercredi 9 septembre et sera l’occasion d’approfondir les échanges que la consultation écrite préalablement organisée ne permettait pas. À la veille de cette séance, voici nos préoccupations, nos attentes et nos propositions.

Alors que les promoteurs du projet pourraient aisément nous dénigrer en affirmant que notre opposition ne repose que sur le désagrément d’une odeur normale en milieu rural, nous répondons ceci: Nous sommes nous aussi des ruraux qui reconnaissons le dur labeur des agriculteurs. Nous sommes toutefois favorables à une agriculture de proximité orientée vers la consommation locale et respectueuse des écosystèmes. Le monde agricole n’est pas homogène tel que l’ont montré par le passé les nombreuses critiques envers l’UPA.

Nous considérons que ce projet de mégaporcherie n’est pas acceptable pour différentes raisons d’ordre environnemental, certes, mais également démocratique. Comment se fait-il que les citoyennes et les citoyens de la municipalité du Canton de Valcourt ainsi que des municipalités environnantes ne soient informés de ce projet qu’une fois que celui-ci est à la veille de devenir réalité et que les élus en ont connaissance depuis plus de deux ans?

Une consultation écrite en pleine pandémie a bien été menée, mais il a fallu notre mobilisation citoyenne pour obtenir une consultation publique. Nous en sommes bien satisfaits, mais nos attentes sont élevées. L’enjeu ne peut être seulement de recevoir des informations visant à légitimer un projet qui respecte les règlementations existantes et à l’adapter aux cinq mesures d’atténuation telles que les autorités en place semblent vouloir limiter les échanges. Il s’agit avant tout selon nous de savoir si ce projet reçoit le support de la communauté.

Nos préoccupations dépassent bien largement le problème des odeurs à proximité de l’installation. D’une part, c’est l’épandage liquide du lisier des milliers de porcs qui pose problème. Et ne nous répondez pas que le projet respecte les normes environnementales, nous le savons bien ! Ce qu’il faut se demander, c’est si ces normes environnementales sont suffisantes. La présence des algues bleues perpétuelles depuis des années dans nos cours d’eau ainsi que l’absence d’évaluation par le ministère de l’Environnement de l’efficacité de ses propres normes nous incitent à nous opposer au projet tel qu’il est défini actuellement. L’eau, cette richesse si précieuse et si fragile, ne peut pas être utilisée de manière aussi risquée. D’une part, il en faut une quantité importante pour faire fonctionner ce qui deviendra l’équivalent d’un village plus gros que celui du canton de Valcourt, mais, d’autre part, c’est sur nos épaules que va reposer la veille concernant la pollution de nos puits et de nos cours d’eau.

Autre enjeu, avec un transport du lisier par camion dans plusieurs municipalités ainsi qu’une exportation de la production des porcs (comme 70 % de la production québécoise), l’empreinte carbone du projet sera importante à l’heure où toutes et tous ont conscience de l’urgence climatique.

Nous souhaitons donc nous faire entendre et nous souhaitons que nos élu.e.s portent notre voix plutôt que celle du promoteur… invité en avant de la scène pour présenter son point de vue selon l’horaire prévu pour cette consultation! Malgré nos critiques, nous souhaitons ouvrir un espace de dialogue constructif et mettons de l’avant 10 propositions visant à nous rapprocher d’une acceptabilité sociale et environnementale du projet.

Nous, citoyennes et citoyens du Val-Saint-François, proposons :

  1. Que la MRC et les municipalités financent l’analyse de l’eau dans les puits des résident.e.s à proximité avant et après le projet
  2. Que le promoteur soit facturé pour l’utilisation de l’eau, notamment en vue de l’inciter à récupérer l’eau de pluie
  3. Que le promoteur installe des économiseurs d’eau
  4. Que le ministère de l’Environnement fournisse une évaluation sérieuse de l’efficacité de ses normes pour protéger les cours d’eau
  5. Que la MRC et la municipalité adoptent des mesures incitatives visant un élevage de porcs sur litière ainsi qu’une production orientée vers la consommation locale
  6. Que la MRC et ses municipalités adoptent des règlements municipaux concernant les zones d’épandage
  7. Que soient rendues publiques les subventions accordées à l’industrie porcine
  8. Qu’un comité de vigilance pour discuter avec le promoteur soit mis sur pied et coordonné par la MRC
  9. Que les municipalités du Canton de Valcourt et les municipalités voisines organisent un référendum sur l’acceptabilité sociale et environnementale à la suite de la publication du rapport
  10. Qu’une évaluation de l’empreinte carbone du projet soit réalisée

Léo Dandurand, Alexandre Tessier, Sarah Touchette, Louise et Hélène La Branche, Mary et K. Joseph Desroches, Colette Fontaine, Bernard Brien et Pierre Avignon