Médiocrité

Éditorial / Le Québec ratera, et de loin, ses objectifs de réductions de gaz à effet de serre (GES) de 2020. Si rien ne change, ce fiasco appréhendé obligera les entreprises québécoises à acheter des crédits de carbone à l'étranger, une facture annuelle d'environ 200 M$. Mais comment expliquer pareille médiocrité?
La Presse+ révélait la semaine dernière que le Fonds vert créé afin de lutter contre les changements climatiques n'a qu'un infime effet sur la réduction des GES. Qu'on en juge : les 718 M$ investis par Québec dans les divers programmes du Fonds n'ont généré qu'une réduction totale de 0,2 mégatonne de GES. Il s'agit d'une baisse ridicule de moins d'un quart de point. Une goutte d'eau dans l'océan et un résultat inacceptable.
Ce constat est d'autant plus choquant que le Québec dispose de tous les outils pour être un champion de la lutte contre les changements climatiques. Au lieu de cela, il se retrouve en queue de peloton avec le bonnet d'âne. Avec ses réserves hydroélectriques, le Québec dispose pourtant du meilleur outil pour être l'un des meilleurs au monde. Cette énergie propre et renouvelable peut facilement remplacer les énergies fossiles polluantes, tels les sables bitumineux de l'Alberta.
Autre atout fort important : le Québec bénéficie du génie pour relever ce défi. Les finissants de nos brillantes facultés d'ingénierie, tous les diplômés et les scientifiques ont la capacité d'imaginer et de concrétiser un monde sans pétrole. Ils doivent tous aujourd'hui ronger leur frein, considérant une obligation de résultat en regard de la principale menace pour la survie de l'humanité.
Après la nationalisation de l'électricité, le Québec a rapidement exploité son potentiel afin de rendre disponible cette énergie propre à bon marché. Les ingénieurs d'Hydro-Québec ont alors inventé de nouvelles façons de dompter la puissance de la nature, un exploit jugé alors impensable. Ils ont entre autres créé les lignes à haute tension 750 kv pour le transport de l'électricité sur de longues distances. Ils ont aussi mis au point le moteur-roue, toujours sans application concrète, mais qui a pourtant le potentiel de remplacer les traditionnels moteurs à explosion, l'une des principales sources de GES.
Alors, comment expliquer que le Québec traîne encore de la patte de la sorte? Tout simplement par un manque de volonté politique. La protection de l'environnement et l'utilisation de nos ressources naturelles, de nos forces, constituent assurément des valeurs largement partagées dans notre société. Alors, comment se fait-il qu'on taponne encore, qu'on hésite à en faire un véritable projet de société dans lequel chaque individu se sentirait concerné? C'est ce même manque de vision à long terme, par exemple, qui fait en sorte qu'on rechigne à l'idée d'investir quelques millions pour protéger les paysages uniques de la Forêt Hereford.
Titulaire de la chaire de gestion du secteur de l'énergie aux HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau, confiait à La Presse+ que la stratégie actuelle ne vise pas les changements de structure. C'est bien beau de mettre des autos électriques sur les routes, pense-t-il, d'aider le transport en commun. Toutefois, ces efforts ne donnent aucun résultat digne de mention parce qu'ils ne modifient en rien les sources d'émission de GES.
Le gouvernement du Québec et le ministère de l'Environnement doivent immédiatement redresser la barre. Les objectifs du Fonds vert sont louables, mais aucune obligation de résultat n'accompagne les divers programmes. Cela suffit les coups d'épée dans l'eau. Les Québécois sont mûrs pour des objectifs ambitieux et un plan concret pour les atteindre.