McCann doit intervenir

ÉDITORIAL / La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, doit tirer les choses au clair à la suite de la suspension sans solde d’un infirmier de l’unité de psychiatrie de l’hôpital Hôtel-Dieu de Sherbrooke pour avoir dénoncé le manque de ressources en santé mentale et l’absence d’écoute de la direction.

Sur sa page Facebook, Jean-Sébastien Blais s’est vidé le cœur à l’issue, avait-il écrit, de la pire journée de sa carrière de 15 ans comme infirmier en santé mentale.

Il déplorait vertement un climat de travail où des employés subissent la violence de patients, où le personnel épuisé ne suffit plus à la tâche, une sécurité déficiente et l’absence de soutien de l’administration.

Après avoir été d’abord suspendu avec solde, le temps d’une enquête interne, la direction du centre hospitalier retiendrait son salaire depuis le 23 décembre, ce qui a incité un de ses collègues à démarrer une campagne de sociofinancement pour lui venir en aide. 

Son syndicat, la FIQ (Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec), a écrit une lettre à la ministre McCann pour lui demander d’intervenir.

Cette situation illustre les risques auxquels s’exposent les employés du secteur de la santé qui osent dénoncer publiquement leurs conditions de travail. 

Et cela au moment même où la ministre McCann affirme vouloir mettre fin à ce qu’elle avait elle qualifié de « loi de l’omerta » dans le réseau de la santé, invitant le personnel témoin de situations inacceptables à ne pas se taire et à interpeller les gestionnaires.

La direction du CIUSS de l’Estrie-CHUS soutient que ses employés peuvent s’exprimer librement, tout en rappelant que cela doit se faire dans le respect et « en lien avec les valeurs d’établissement ».

Mais dans ce cas-ci, elle n’a visiblement pas apprécié le cri du cœur de son employé au point de lui couper les vivres.

L’infirmier Blais dénonce avec vigueur « des décisions arbitraires (…) », « des préposés utilisés comme des pions » et « une belle délégation de vestons cravates, tout sourire, avec cette foutue attitude faussement rassurante que notre sécurité leur tient à cœur ».

M. Blais n’a certes pas mis de gants blancs, mais a-t-il manqué de respect ou passé outre au code déontologie de l’organisation? 

Cette sortie de l’infirmier ne traduit-elle pas d’abord le ras-le-bol et la détresse des employés de l’unité de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu et du secteur de la santé en général?

Le problème ne date pas d’hier et est largement documenté.

Au cours des dernières années, de nombreux employés de la santé et leurs syndicats ont dénoncé les compressions budgétaires imposées par les gouvernements, la détérioration des soins et des conditions de travail.

Il y a quelques semaines, des employés de l’unité de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke avaient dénoncé dans les pages de La Tribune, sous le couvert de l’anonymat, des actes de violence de la part de patients, des menaces de mort, l’épuisement professionnel et un climat d’insécurité.

Le Service de police de Sherbrooke y a même effectué une perquisition le 11 décembre en raison de soupçons de trafic et de consommation de stupéfiants.

Ce genre de situation ne peut plus durer.

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS affirme avoir un plan de match en cours de réalisation pour améliorer la sécurité de ses employés.

Et il faut l’en féliciter.

Mais elle se doit aussi d’écouter la détresse des employés qui vivent quotidiennement des situations difficiles, s’en faire des alliés dans la recherche de solutions.

En suspendant sans solde l’infirmier Blais, elle envoie malheureusement un mauvais message.