Marie-Jeunesse, l’envers du décor

POINT DE VUE / En réponse à la lettre de monsieur Jean-Louis Roy parue dernièrement dans le Carrefour des lecteurs de La Tribune quant au recours collectif intenté contre la Famille Marie-Jeunesse, j’aimerais apporter les précisions suivantes.

Comme vous l’avez appris par le biais des médias, c’est avec courage que cette personne a accepté de demander à la Cour Supérieure du Québec une action collective au nom de tous les anciens membres de la Famille Marie-Jeunesse qui ont subi et/ou portent encore des séquelles de leur passage dans cette communauté. Il faut dire qu’individuellement, plusieurs ex-membres étaient déjà rendus à cette étape. Dans ladite requête, il y dévoile ouvertement son vécu bien sûr, mais on y retrouve également des exemples du vécu de plusieurs ex-membres abusés spirituellement, psychologiquement et/ou physiquement. 

Quand un jeune quitte après parfois plusieurs années, que ce soit librement ou de façon forcée, et qu’il en résulte des séquelles au niveau santé, il est normal qu’il ait besoin d’une aide substantielle pour pouvoir obtenir des soins appropriés à son état et entreprendre des démarches pour se reconstruire et réorienter sa vie. Or, l’aide demandée par le biais de ce recours collectif est justement pour réparer les séquelles dont la communauté pourrait être imputable. Et à ce chapitre, nous n’avons qu’à aller consulter leurs rapports financiers sur le site de Revenu Canada pour nous rendre compte que ladite communauté est assise sur plusieurs millions de dollars. Pourtant, elle continue de mendier comme si elle était pauvre comme la gale. D’ailleurs, dans la revue interne distribuée à leurs membres et amis de février-avril 2019, on demande même des dons matériels pour soi-disant subvenir à leurs besoins tels qu’ordinateurs avec écrans plats, tamis circulaire pour la farine, etc. Comme s’ils n’avaient pas les moyens de se payer ça. Un tamis, ça coûte entre quatre et huit dollars dans un bon magasin près de chez vous.

Marie-Jeunesse à son apogée avait plus ou moins 140 membres alors qu’aujourd’hui elle n’en compte plus qu’une vingtaine. Normalement, lorsqu’une communauté religieuse digne de ce nom doit se remettre en question et tenter tant bien que mal de se restructurer, elle ne perd pas tous ses membres du moins pas en aussi grand nombre. C’est le premier signe qui indique qu’il y a bien quelque chose qui ne tourne pas rond. Oui il est possible que pour plusieurs qui ont quitté, la coupure se soit bien passée. Malheureusement, il en va tout autrement pour bon nombre d’autres. 

Comme vous le dites si bien, vous les côtoyez depuis 30 ans et par conséquent, vous avez une vue extérieure différente de la situation et ce, tout simplement parce que vous ne voyez que le reflet de l’image publique que projette cet organisme. Les beaux sourires et la joie de vivre qui semblent transcender, tout cela est conditionné et programmé d’avance. Lui, il y est demeuré 17 années de sa vie, alors il sait très bien de quoi il parle.

Dans votre lettre vous dites qu’il n’y a qu’un seul demandeur. Croyez-vous sincèrement qu’une importante firme d’avocats ait pris le dossier en main en se basant uniquement sur le témoignage d’une seule personne? Plusieurs ex-membres se sont manifestés et ils ont été rencontrés par les avocats au préalable. S’il n’y a qu’un seul demandeur qui apparaît dans la requête, c’est qu’il le fait au nom de tout un groupe de personnes; c’est justement pourquoi on appelle ça un recours collectif ou encore une action collective. 

Monsieur Roy, n’ayez aucun regret pour tout ce que vous avez accompli pendant 30 ans, car tout ce que vous avez fait a été fait de bon cœur et dans un geste de très grande générosité. Certes, ce serait ingrat de dire qu’il n’y a jamais rien eu de beau ou de bon à Famille Marie-Jeunesse, mais ce serait aussi mentir de dire que le côté sombre derrière toute cette façade n’existe pas. Nous ne pouvons que saluer le courage de ce jeune homme qui ose dénoncer ce que bon nombre de personnes savaient et/ou soupçonnaient depuis longtemps, mais qui préféraient se taire. Alors je suis en parfait accord avec vous lorsque vous dites qu’avant de porter des jugements hâtifs il faut laisser à la justice le soin de départager tout cela. Un jour, le grand Mahatma Gandhi a dit que « c’est une erreur de croire nécessairement faux tout ce qu’on ne comprend pas. » Il ne fait donc aucun doute que tout ce dossier sera à suivre avec le plus grand intérêt. 


Pierre Sabourin

Québec