Manque d'écoute

Éditorial / La Ville de Sherbrooke a visiblement un problème de communication avec les citoyens lorsqu'il est question de projets de développement, une situation qui risque de s'aggraver avec l'abolition possible des référendums municipaux, comme le demande l'Union des municipalités du Québec.
Le fait qu'une quarantaine de personnes représentant les AmiEs du bois des Deux-Ruisseaux, le Regroupement pour le boisé Belvédère, l'Association citoyenne pour le Boisé-Fabi et le Comité de citoyens Sauvé-Dunant aient décidé de former une chaîne humaine devant l'hôtel de Ville pour être entendues, comme on l'a vu lundi soir, devrait faire réfléchir les élus.
La construction possible d'une station-service à l'angle des rues Thibault et Dunant est un bel exemple de manque d'information et de consultation des citoyens même si, paradoxalement, la Ville et le promoteur Luc Élias ont suivi les règles du jeu.
Car le hic est que les citoyens du secteur, qui ont déposé une pétition de 879 noms contre ce projet, ont été en quelque sorte placés devant un fait accompli, pour ne pas dire qu'ils s'en sont fait passer une « petite vite » par la Ville.
Car le promoteur a demandé et obtenu son permis de construction en vertu du règlement de zonage de l'ancienne municipalité d'Ascot, où le terrain avait une vocation commerciale.
Selon le nouveau règlement 1200 de zonage et de lotissement, récemment approuvé par la Commission municipale du Québec, il est maintenant zoné résidentiel.
La Ville de Sherbrooke soutient qu'il est trop tard pour agir puisqu'elle ne peut bloquer un projet autorisé sous l'ancienne réglementation; de plus, le promoteur n'a aucune intention de reculer et a un droit acquis.
Il faut aussi rappeler ici que le promoteur avait obtenu ce terrain de la Ville de Sherbrooke en échange d'un autre emplacement dans le secteur Rock Forest.
C'est un secret de Polichinelle que la Ville savait très bien au moment de l'échange que ce terrain pourrait conserver sa vocation commerciale, ce qu'ignoraient visiblement les citoyens du secteur qui ne veulent pas se retrouver avec une station-service dans leur voisinage.
Et qu'elle n'aurait pas à tenir de référendum puisque le propriétaire a un permis de construction délivré avant l'entrée en vigueur du nouveau zonage.
Or, compte tenu de la nature du projet et du contexte réglementaire, pourquoi la Ville de Sherbrooke n'a-t-elle pas informé et écouté les citoyens au préalable?
Cette histoire, tout comme celle du projet domiciliaire «Carré Belvédère», où les résidents reprochent également à la Ville de ne pas avoir été informés suffisamment et de s'être fait présenter le projet une fois celui-ci ficelé, donne aux citoyens l'impression de ne pas être entendus et que ce sont les promoteurs qui décident.
Il est normal qu'un entrepreneur ou qu'un propriétaire de terrain cherche à le développer et à le mettre en valeur, mais il appartient à la Ville de mettre les citoyens concernés dans le coup ou à tout le moins de les écouter lorsqu'un projet peut avoir un impact sur leur milieu de vie.
La transparence et la consultation en « amont » sont inhérentes à la démocratie municipale et la Ville devrait se réjouir que les citoyens se préoccupent de la qualité de leur environnement et de la préservation des milieux naturels.
Le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, s'était montré sensible aux arguments de ceux qui estimaient que l'abolition du processus d'approbation référendaire priverait les citoyens du seul pouvoir d'influence dont ils disposent.
Un groupe de travail doit présenter ce mois-ci un rapport qui devrait proposer un renforcement de la participation citoyenne dans l'aménagement et le développement du territoire, basé notamment sur la transparence et la consultation avant la prise de décision. Souhaitons que cela inspire nos élus.