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Archives. Lac des Nations - Parc Jacques-Cartier
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Manifeste pour la sécurité des femmes à Sherbrooke

Carrefour des lecteurs
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La Tribune
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Au nom de Adna, qui a été interpelée avec insistance par trois individus alors qu’elle s’était immobilisée en voiture à un feu rouge au coin des rues King et Jacques-Cartier; au nom d’Alyson, qui s’est fait suivre dans le secteur ouest de la ville; au nom d’Émilie, qui a été interpelée avec insistance par trois individus en voiture en descendant de l’autobus sur la rue Saint-Esprit; au nom de Marika et de son amie, qui ont été interpelées avec insistance par des individus en voiture sur la rue des Lys et qui ont dû se réfugier auprès de témoins pour que les individus lâchent prise; au nom de Stéphanie, qui s’est fait suivre sur la rue Ball par deux individus en voiture qui ont fait marche arrière et qui l’ont interpelée avec insistance tout le long de la rue, et qui l’ont ensuite repérée alors qu’elle se trouvait dans un bar sur la rue Wellington; au nom de Kécia, qui tenait son bébé dans ses bras, et de Catherine, qui ont été talonnées de la brûlerie Faro sur la rue Wellington Nord, jusqu’au Tremplin, sur la rue Wellington Sud par un individu qui est aussi venu se mettre à l’abri de la pluie sous le même auvent où elles s’étaient réfugiées; au nom de Bianka, qui s’est fait suivre alors qu’elle marchait avec son chien sur la rue Évangéline et qui a dû simuler de rentrer chez elle à une maison qui n’était pas la sienne pour se débarrasser de l’individu descendu de sa voiture pour venir lui parler avec insistance; au nom de Myriam, qui s’est fait barrer le chemin par un individu qui lui a demandé avec insistance de monter dans sa voiture alors qu’elle traversait la rue Aberdeen et qui a dû simuler un appel au service 911 pour qu’il la laisse tranquille; au nom de Sarah, qui a été poursuivie dans le secteur rues Short et Belvédère pendant plusieurs minutes par un individu qui l’a rattrapée d’un pas rapide alors qu’elle accélérait pour lui échapper et qui est retournée chez elle en faisant de nombreux détours pour le semer et pour s’assurer qu’il ne saurait pas où elle habite; au nom de Roseline, qui s’est fait suivre et surveiller par un individu en voiture pendant plusieurs semaines d’affilée dans son milieu de vie au centre-ville, et ce, sans pouvoir obtenir de soutien de la part des policiers, puisque l’individu ne l’avait pas touchée; au nom de Guylaine, qui marchait avec son chien et qui a été abordée sur la rue Saint-Michel par trois individus descendus de leur voiture, qui sont remontés à bord pour reculer jusqu’à sa hauteur parce qu’elle avait rapidement rebroussé chemin et qui l’ont ensuite pourchassée à pied jusqu’à la porte d’entrée d’une maison inconnue dans laquelle elle s’était réfugiée en surveillant les individus qui ont continué de rôder autour de la maison jusqu’à l’arrivée des policiers qui n’ont rien pu faire, puisque Guylaine n’avait pas été touchée; au nom de Annie, qui a été séquestrée pendant cinq heures, battue et violée sur le territoire sherbrookois et dont les agresseurs ont été acquittés faute de preuve; au nom de toutes les femmes qui ont été surveillées, suivies, traquées, intimidées, harcelées, agressées et qui ont enfermé dans le silence leur pénible expérience; au nom de toutes ces Sherbrookoises qui circulent désormais avec la peur au ventre en étant privées de leur quiétude et de leur liberté, nous soussignés demandons aux élus de traiter en priorité cette problématique généralisée qui affecte considérablement la qualité de vie des Sherbrookoises, d’autant plus que la plupart des faits ici relatés se sont déroulés, non pas sur des années ni même sur une année, mais au cours de l’été dernier.


Nous comptons sur vous pour que les comités sur la sécurité publique de la Ville de Sherbrooke prennent rapidement les choses en main et mettent en place des mesures dissuasives à l’égard des oppresseurs, car l’exemption de conséquences vis-à-vis leurs comportements inadmissibles laisse croire que ceux-ci sont indûment acceptables et encourage les oppresseurs à continuer. À titre d’exemple, si ces individus savaient qu’ils risquent minimalement d’être menés au poste de police pour être interrogés, ils seraient possiblement moins enclins à agir comme ils le font et ils sauraient qu’on les a à l’œil, tandis que les femmes n’auraient pas le sentiment qu’il ne sert à rien de dénoncer.


De plus, certaines mesures pour protéger les femmes pourraient possiblement s’avérer efficaces. À titre d’exemple, des cours d’autodéfense pourraient être gracieusement offerts et des sifflets porte-clés pourraient être distribués en même temps qu’une campagne de sensibilisation serait lancée et largement diffusée pour que les gens restent attentifs et comprennent qu’une femme est peut-être en difficulté s’ils l’entendent siffler.


Il est bien facile d’avoir des idées, mais elles ne valent rien sans action. C’est pourquoi nous vous demandons de mandater vos ressources rapidement pour qu’elles s’activent à trouver des solutions tangibles afin que nous profitions pleinement des infrastructures de notre ville, peu importe notre genre, le secteur et l’heure qu’il est.

Guylaine Cliche, de concert avec d’autres membres de la communauté de Sherbrooke.