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Manger du bœuf pour « bouffer du carbone »

Point de vue
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La Tribune
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Les producteurs et productrices de l’Estrie saluent l’initiative d’écoles de la région d’encourager leurs élèves à contribuer aux efforts de réduction de gaz à effet de serre (GES). La preuve des changements climatiques et de leur lien avec l’empreinte carbone de l’humanité n’est plus à faire et il est essentiel que nos jeunes citoyens y soient sensibilisés. Toutefois, l’école étant un lieu d’enseignement, nous nous serions attendus à plus de rigueur lorsque la question de la production agricole fut abordée.

Comme producteur de bovins, on contribue aux efforts de lutte aux changements climatiques au quotidien. Vous n’avez pas mal lu. Le bœuf a non seulement sa place dans notre société, il est fondamental. S’il est vrai que nos élevages sont souvent associés à une empreinte carbone supérieure à celle d’autres animaux, les bénéfices de nos exploitations sont inestimables. 

D’entrée de jeu, remettons les pendules à l’heure. Selon les données scientifiques les plus à jour, il est souvent inadéquat de comparer l’élevage et le transport quand on fait référence aux GES. Il ne faudrait pas comparer des pommes et des bananes. Si on souhaite entamer la discussion sérieusement, dans les faits, l’élevage de bovins représente 2,4 % de l’inventaire de GES du Canada et le transport, 28 % (Gouvernement du Canada, Inventaire officiel canadien des gaz à effet de serre, 2019). De quoi favoriser le transport à vélo après avoir dégusté un bon steak. En plus, cet aliment contient plusieurs nutriments essentiels et facilement absorbables par l’organisme et est produit en grande quantité chez nous, en Estrie. Et heureusement.

Nos élevages permettent la préservation de prairies permanentes (de véritables puits de séquestration du carbone) qui regorgent de plus de 1000 espèces de plantes, d’animaux et d’insectes. Vous voyez, le fait est qu’une importante partie des terres utilisées pour nos élevages ne pourraient supporter des cultures destinées à la consommation humaine, mais représentent un festin pour nos animaux. Et quand nos bovins consomment du maïs, parce que oui, ils en consomment, 9 fois sur 10, ces grains ne pourraient être consommés par l’humain. (Le maïs à consommation humaine a besoin de plus de chaleur et pousse moins bien dans la majorité des régions du Québec). Heureusement que nos animaux transforment le tout en délicieuses protéines. Il n’est pas question pour nous de contribuer au gaspillage – une autre source d’émission importante.

Ailleurs dans le monde, des exploitations bovines sont associées à la destruction d’habitats naturels. Chez nous, c’est le contraire. L’élevage de bœufs au Canada ne contribue pas de façon significative à la déforestation (pour ne pas dire pas du tout au Québec). C’est pas mêlant, la production canadienne de bœuf affiche l’une des plus faibles productions de GES, soit 50 % de moins que la moyenne mondiale. Et ça continue de s’améliorer (Table ronde canadienne sur le bœuf durable, National Beef Sustainability Assesment, juin 2016).

« Bouffons des GES » est une initiative formidable, mais incomplète. Des coupons devraient être non seulement remis aux élèves qui adoptent une alimentation variée, mais également à ceux qui font la démonstration qu’ils consomment des aliments locaux. Il n’y a pas de quoi hésiter à demander des protéines animales du Québec à votre épicier ou votre boucherie préférée!

François Bourassa
Producteur laitier et acéricole de Valcourt, président de la Fédération de l’UPA-Estrie

André Tessier
Producteur de bovins de boucherie de Wotton, président des Producteurs de bovins de l’Estrie