Ma chère Martine

Tu prétends ne vouloir parler que de l’indépendance du Québec. Or ton expérience politique devrait t’avoir appris depuis longtemps que ce n’est pas possible. Voici pourquoi…..

Il y a quatre moments précis où cela devrait théoriquement être faisable, mais où, pratiquement, ce ne l’est pas.

Tu pourrais, par exemple, parler de l’indépendance lors de tes interventions en Chambre, mais comme il est interdit de sortir du cadre de la discussion du jour (projet de loi ou motion), le président se verrait dans l’obligation de te ramener à ce sujet et même de t’expulser à défaut d’obtempérer de ta part.

Tu pourrais également poser des questions là-dessus à la période de questions, mais tu te ferais répondre qu’il n’y a pas de référendum en vue et que de toute façon, l’option souverainiste est de plus en plus minoritaire au Québec.

Tu pourrais aussi en parler aux journalistes lors des scrums ou conférences de presse, mais les journalistes ne rapporteraient que ce qu’ils veulent de tes propos et probablement rien de ce que tu aurais pu dire sur l’indépendance parce que ce n’est pas dans l’air du temps.

Finalement, tu pourrais profiter du moment béni d’une élection pour ne parler que de ça et voir ton parti dégringoler à vitesse grand V dans les sondages; c’est tellement difficile à faire que Mario Beaulieu est allé chercher Gilles Duceppe en pleurnichant pour qu’il fasse ce travail à sa place.

Car ce que les gens de la classe moyenne veulent savoir, c’est comment leurs intérêts seront défendus. Or ça aussi tu ne peux pas le faire. Quand on quitte Québec avec une prime de 130 000 $ cash et qu’on exige 100 000 $ au Bloc pour rajouter par-dessus (alors que Jean Charest lui-même n’exigeait que 75 000 $), il est bien difficile de faire croire à la population que le sort des moins nantis nous est une priorité.

Tu te prépares à saborder le Bloc québécois, Martine, mais nous ne te laisserons pas faire.

Roger Pomerleau
ex-parlementaire pour la circonscription de Drummond