La rareté de la main-d’œuvre en Estrie comme ailleurs au Québec pénalise de plus en plus d’entreprises, qui doivent multiplier les efforts pour recruter des travailleurs qualifiés ici comme à l’étranger.

L’urgence d’agir

ÉDITORIAL / Santé, services, technologies et fabrication : la rareté de la main-d’œuvre en Estrie comme ailleurs au Québec pénalise de plus en plus d’entreprises, qui doivent multiplier les efforts pour recruter des travailleurs qualifiés ici comme à l’étranger.

Ce phénomène a un impact majeur sur nombre d’entreprises, notamment la perte de productivité, voire de contrats, des coûts plus élevés en heures supplémentaires, un roulement de personnel plus prononcé et, bien souvent, des dirigeants à bout de souffle.

Et rien n’illustre mieux cette réalité que les 9800 postes offerts au salon Priorité-emploi de l’Estrie, qui se termine aujourd’hui au Centre de foires de Sherbrooke, et les quelque 110 entreprises qui seront sur place pour faire connaître leurs besoins.

Sans compter plus de 200 autres postes qui sont offerts sur le Babillard de l’emploi.

Bien qu’un peu plus de la moitié des postes offerts – 5300 – le sont par les Forces armées canadiennes, qui recrutent à la grandeur du pays, il n’en demeure pas moins que 4500 emplois sont disponibles dans tous les secteurs, dont 1800 uniquement au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Les secteurs de la santé et le manufacturier sont les plus en demande. Cette année, nous avons plus du double des emplois offerts que lors des autres salons », indique Louise Côté, chargée de projets chez Pro-Gestion Estrie.

Ce n’est pas d’hier que l’on parle de la rareté de la main-d’œuvre qualifiée.

Mais le problème va s’accentuant alors que plus de 20 000 emplois sont à pourvoir en Estrie d’ici 2019 et 500 000 pour l’ensemble du Québec.

Comment en est-on arrivé là?

Outre des facteurs démographiques, notamment le vieillissement de la population et l’exode des jeunes vers les grands centres, le manque de valorisation de la formation professionnelle et technique, tout comme le décrochage scolaire (plus de 16 pour cent au Québec selon le ministère de l’Éducation) sont en cause.

En outre, les entreprises québécoises, dont plusieurs sont en croissance, doivent se spécialiser pour se démarquer et demeurer concurrentielles, de sorte qu’elles ont besoin de davantage de main-d’œuvre qualifiée qu’auparavant.

À cela s’ajoute un taux de chômage moyen de 5 pour cent au Québec, l’un des plus bas depuis les années 1970.

Résultat : de plus en plus d’entreprises manufacturières vont courtiser les jeunes dans les centres de formation professionnelle, comme le Centre 24-juin, avant qu’ils aient complété leur apprentissage. D’autres favorisent l’intégration des jeunes en milieu de travail tout en leur permettant de compléter leurs études.

Le recrutement de main-d’œuvre à l’étranger est également à l’ordre du jour.

Diverssia, une nouvelle division d’Actions interculturelles de l’Estrie, offre par exemple un soutien aux entreprises estriennes désireuses d’embaucher de la main-d’œuvre au Maroc, où cet organisme dispose de nombreux contacts. Elle offre également un service de gestion interculturelle en milieu professionnel.

L’État québécois doit toutefois améliorer d’urgence la francisation des nouveaux arrivants, qui est un échec selon un rapport de la Vérificatrice générale rendu public en novembre dernier.

Celle-ci avait constaté, entre autres, que 90 pour cent de ceux et celles qui complètent les cours du ministère de l’Immigration sont incapables de fonctionner en français au quotidien!

Plus que jamais, les employeurs, le réseau scolaire et les organismes voués au développement économique, comme Sherbrooke Innopole, la Corporation de développement économique communautaire de Sherbrooke et Pro-Gestion Estrie, doivent concentrer leurs efforts sur la valorisation des métiers techniques, la lutte au décrochage scolaire et le recrutement de la main-d’œuvre immigrante.

Il en va du dynamisme économique de la région et de la vitalité du Québec.