L'origine de l'animosité de Trump envers Obama

ANALYSE / Depuis plus d'un demi-siècle, il existe une sorte de fraternité présidentielle aux États-Unis. Cette fraternité s'inspire du principe qu'un ancien président est apte plus que toute autre personne pour comprendre exactement les exigences posées par la présidence américaine. Si le développement de liens privilégiés avec les anciens présidents n'est pas obligatoire, il peut être fort utile en période de crise.
Les anciens présidents peuvent devenir alors de précieux conseillers. Ainsi, John F. Kennedy n'hésita pas à consulter régulièrement Dwight Eisenhower et Harry Truman sur des dossiers aussi variés que le Vietnam, Berlin, les relations avec la Russie, ou Cuba.
Cette fraternité présidentielle continua de se manifester par la suite. George H. W. Bush écrivit une lettre très bienveillante à son successeur le 20 janvier 1993 dans laquelle il lui souhaitait la meilleure des chances et lui conseillait de ne pas se laisser perturber par les critiques dans l'accomplissement de sa tâche de président. Tous deux sont devenus par la suite deux grands amis.
Bill Clinton a aussi développé des liens amicaux avec son successeur, George W. Bush. Tous deux se téléphonaient régulièrement. Lorsqu'il y avait besoin d'un conseil, Bush n'hésitait pas à consulter Clinton.
Quelques jours avant de devenir président, Barack Obama a réuni tous les anciens présidents encore vivants pour solliciter leurs conseils sur la meilleure façon de remplir son devoir comme président. La réunion eut lieu à la Maison-Blanche à la suggestion de George W. Bush.
Lors de la transition de 2008-2009, Bush et Obama développèrent une relation très courtoise. Bush fit tout son possible pour faciliter cette transition, à un moment où les États-Unis traversaient une crise économique importante. Aussi, en février 2009, Obama prit l'initiative d'informer à l'avance son prédécesseur sur le retrait des troupes d'Irak et de lui expliquer sa stratégie pour mettre fin à un conflit initié par Bush.
Mais cette fraternité a disparu avec l'arrivée de Donald Trump. Si le nouveau président n'entretient aucune relation avec les autres anciens présidents, les tensions sont particulièrement palpables avec Barack Obama. Leurs différends vont bien au-delà d'un conflit idéologique ou d'une différence de style. L'animosité personnelle entre les deux perdure depuis très longtemps.
Leur inimitié prend sa racine dans la théorie qu'Obama ne serait pas né aux États-Unis. Cette théorie, cherchant à délégitimer l'élection de Barack Obama, parce que ce dernier est Afro-américain, est profondément raciste.
Or, cette théorie fut largement soutenue et diffusée par Donald Trump. Ce dernier a utilisé en mars 2011 cette théorie pour tester ses propres chances de se porter candidat à la présidence. Dans l'émission The View d'ABC, il attaqua directement Obama en exigeant de voir son certificat de naissance.
La pseudo-controverse sur la naissance d'Obama a fourni à Donald Trump une opportunité pour se connecter avec la frange extrémiste de l'électorat américain sur un sujet considéré comme tabou : l'inconfort ressenti par une portion importante de l'électorat blanc devant l'élection d'un Afro-américain comme président des États-Unis.
Par la suite, il n'a fait qu'exploiter ses divergences avec Obama pour des raisons purement politiques. Cette approche lui a permis de se connecter davantage avec la base républicaine et de décrocher ainsi la nomination du parti en 2016.
En dépit du fait que Barack Obama a tout fait pour faciliter la transition vers une administration Trump, les deux hommes furent incapables de développer une relation de travail. Trump a tout simplement refusé de maintenir un minimum de cordialité avec son prédécesseur.
Avant même son investiture, Trump a lancé des rumeurs sur l'existence de présumés fonctionnaires loyaux à Barack Obama qui chercheraient à saboter son administration en orchestrant des fuites. Il a ensuite entretenu celles-ci sans fournir aucune preuve pour soutenir ses allégations.
Non seulement Trump n'a jamais consulté Obama depuis le 20 janvier, mais en mars il a même accusé son prédécesseur d'avoir ordonné la mise sous écoute électronique de l'organisation Trump. Une telle action, clairement illégale, demanderait la complicité du FBI ou des services de renseignements. Mais cela n'a pas empêché Trump de porter une telle accusation sans précédent. Sans fournir aucune preuve, Trump diffama ainsi son prédécesseur en lui imputant un tel crime.
Depuis aucune tentative réelle de réconcilier Trump et Obama n'a été faite. D'ailleurs, Trump ne cherche nullement à masquer son dédain pour son prédécesseur. Affichant ouvertement son hostilité à l'égard des décisions de l'administration Obama, il recourt à tous les moyens pour dénigrer ces dernières.
Aussi, Trump n'a de cesse qu'il n'ait pas effacé tout l'héritage de Barack Obama. Il a annulé l'accord du Partenariat Trans-Pacifique, dénoncé l'accord de Paris sur le changement climatique, abrogé le programme environnemental, désavoué la loi de 2010 régulant les banques et le marché boursier, modifié la politique d'ouverture à Cuba et déchiré la loi sur des soins de santé abordables connue comme l'Obamacare, etc.
Le désir compulsif de Trump de déraciner et de détruire l'héritage d'Obama s'apparente aux comportements d'une personne souffrant de troubles obsessionnels. Bien sûr, cette haine d'Obama chez Trump est soutenue par l'animosité partisane de nombreux républicains depuis 2009. Mais cette fixation est aussi alimentée chez Trump à la fois par son narcissisme et par un racisme sous-jacent selon lequel un Afro-américain ne crée rien de bon et ne peut donc pas réussir.
Gilles Vandal, professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'UdeS