Loin de l'objectif

ÉDITORIAL / Le gouvernement du Québec est encore loin de son objectif de 100 000 véhicules électriques sur les routes d'ici 2020 et doit, s'il veut améliorer ses chances de succès, bonifier dès à présent les incitatifs financiers pour les consommateurs et multiplier les bornes de recharge sur le territoire.
Il doit aussi changer les mentalités et déboulonner certains mythes.
Il ne manque que la volonté politique et un peu de cohérence pour que le Québec, grand producteur d'hydroélectricité, devienne un chef de file dans l'électrification des transports.
La croissance du nombre de voitures entièrement électriques et hybrides rechargeables a été très lente depuis 2012.
Bien que le Québec compte plus de 50 pour cent du parc automobile électrique du Canada, on ne dénombre que 13 500 voitures électriques et hybrides rechargeables sur les routes de la province, alors que plus de 4,6 millions d'automobiles et de camions légers sont en circulation.
Selon l'Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ), la croissance devrait s'accélérer en 2017 en raison notamment de la plus grande autonomie de la majorité des nouveaux modèles, qui sera de 300 kilomètres.
L'organisme est toutefois d'avis que Québec doit améliorer le programme « Roulez électrique », qui comporte des rabais pouvant aller jusqu'à 8000 $.
Le gouvernement ontarien, par exemple, offre une aide financière qui va jusqu'à 14 000 $, selon le modèle de véhicule.
De plus, à l'instar d'une dizaine d'États américains, le gouvernement devrait bientôt imposer des quotas de ventes de véhicules électriques aux manufacturiers avec l'adoption du projet de loi 104, alors que la demande est plus forte que l'offre.
Autre priorité : le réseau public de bornes de recharge doit être étendu puisque certaines régions comme la Côte-Nord et l'Abitibi en sont dépourvues.
Au strict plan environnemental, le développement de la voiture électrique et des transports collectifs est incontournable pour réduite les émissions de gaz à effet de serre : à lui seul, le transport routier représente 33,6 pour cent des émissions totales de la province.
Il n'est pas rare d'entendre que la faible popularité des véhicules électriques s'explique par leur coût élevé.
Pourtant, le coût d'achat d'un camion léger ou d'un véhicule utilitaire sport est bien souvent supérieur à celui d'une voiture électrique; de plus, il en coûte de 6 à 10 fois moins cher pour faire rouler une voiture électrique qu'un modèle à essence.
Si certains s'interrogent sur la pertinence pour l'État québécois de subventionner les acheteurs de voitures électriques, on peut rétorquer qu'il est légitime et nécessaire que le gouvernement soutienne le virage vert.
Et à cet égard, Robert Dupuy, porte-parole de l'AVEQ, rappelle que les fonds du programme « Roulez électrique » ne proviennent pas du portefeuille des contribuables, mais du Fonds vert, qui est financé par le marché du carbone.
On pourrait ajouter que les contribuables québécois et canadiens subventionnent largement l'industrie pétrolière et gazière : Ottawa verse des centaines de millions $ par année pour soutenir l'exploration des sources de pétrole et de gaz, sans compter les impacts économiques des changements climatiques.
Le gouvernement québécois verse lui aussi des subventions à l'industrie des hydrocarbures : il détient même 35 pour cent de la société en commandite Pétrolia et est tenu par contrat de verser 57 millions $ pour les travaux d'exploration sur l'île d'Anticosti, ce qui est en totale contradiction avec sa volonté de décarboniser l'économie.
Devant la puissance du lobby pétrolier et d'une industrie automobile réfractaire au changement, le gouvernement québécois n'a d'autre choix que de donner rapidement une nouvelle impulsion au développement du parc automobile électrique s'il veut atteindre sa cible.