Donald Trump ne cherche pas seulement à discréditer l’ancien président Barack Obama, il désire effacer son héritage.

L'obsession de Trump pour Obama

ÉDITORIAL / Les commentateurs et analystes politiques américains ne furent guère surpris de voir Donald Trump blâmer Barack Obama pour la dernière crise secouant les relations irano-américaines. En fait, c’est ce que Trump fait le plus quotidiennement depuis qu’il est devenu président.

Daniel Dale, un ancien journaliste canadien maintenant recherchiste à CNN, a comptabilisé le nombre de fois où Trump a mentionné le nom d’Obama depuis janvier 2017. 

En 2017, ce fut 200 fois, soit 0,7 par jour. En 2018, 395 fois, soit 1,3 fois par jour. Et dans les dix premiers mois de 2019, 537 fois, soit 1,8 fois par jour. De plus, Dale constata que durant la deuxième moitié de 2019, ces mentions passèrent à un rythme quotidien de 2,4 fois. 

Face à Obama, Trump souffre d’une véritable fixation. Pas une semaine ne passe sans qu’il sente le besoin de blâmer ce dernier pour les échecs des politiques américaines, voire pour ses propres erreurs. Ce comportement obsessif n’a pas échappé aux commentateurs politiques, psychologues, psychiatres et autres analystes qui examinent la scène politique américaine.

Sa fixation sur Obama atteint un point tel qu’elle est devenue un élément central de sa présidence. Certains commentateurs avancent même la théorie qu’il ne dispose d’aucune véritable doctrine pour définir ses politiques. Sa perspective consiste essentiellement à défaire les réalisations de son prédécesseur. Il désire se positionner à l’opposé d’Obama dans tous les domaines.

Pour ce faire, il n’hésite pas à dénaturer l’héritage de son prédécesseur, à affirmer qu’il a dû sortir l’économie américaine du marasme dans lequel Obama l’avait plongée ou à prétendre corriger les erreurs politiques commises par ce dernier au plan international. Il va jusqu’à accuser Obama d’avoir mis en place ses propres politiques « cruelles » de séparation de milliers de familles de migrants à la frontière.

Si Obama est devenu pour ainsi dire une « béquille rhétorique pour défendre ses propres décisions », l’obsession de Trump pour l’ancien président va plus loin. Il cherche à éliminer toute trace d’Obama et à traiter son héritage comme une bizarrerie historique.

En fait, Trump ne cherche pas seulement à discréditer l’ancien président, il désire encore plus effacer son héritage, « ses politiques, son programme social et, plus intrigant, sa personnalité même ». Il agit comme s’il voulait fondamentalement le faire disparaitre de l’histoire. Cette obsession est telle que l’ancien président semble hanter ses rêves.

Cette fixation n’est pas nouvelle. Elle est à l’origine de son entrée sur la scène en politique en 2011. Comme dirigeant du mouvement bithériste, Trump visait alors tout bonnement à délégitimer la présidence d’Obama.

Certains observateurs croient que sa haine viscérale à l’égard d’Obama proviendrait de sa vision raciste de la société américaine. Or, bien que ses déclarations et ses actions aient souvent une teneur raciste, le racisme n’est pas le principal facteur motivant Trump. En fait, il se soucie peu de savoir si son cercle rapproché est raciste ou non. Il ne cherche pas vraiment à promouvoir des politiques basées sur une idéologie particulière. De toute évidence, la persistance et l’intensité de la haine de Trump envers Obama dépassent une simple divergence politique.

N’étant pas animé par de grandes idées ou des valeurs abstraites, Trump est motivé par une seule chose, la promotion de sa propre personne. Un groupe ou une personne n’a de valeur à ses yeux que s’il ou elle le sert. Aucun autre critère n’est important. Ses motifs les plus profonds sont toujours égoïstes. 

Ainsi, c’est son narcissisme qui l’amène à haïr viscéralement Obama. Ce dernier est tout simplement son antithèse. Tant qu’Obama existe, Trump se sent menacé. C’est pourquoi l’ancien président est la cible de prédilection de ses critiques. Il a désespérément besoin de se comparer et de dénigrer son prédécesseur.

Trump voit dans Obama son antithèse, tout ce qu’il ne peut pas être. Obama démontre une qualité fondamentale de caractère qu’il n’a pas : la décence de base qui suscite à travers le monde l’admiration et un respect naturel. D’ailleurs, un sondage effectué dans 37 pays en 2019 révèle que 64 % des gens dans le monde affichaient une confiance en Obama, alors que seulement 22 % se disaient confiants envers Trump.

D’entrée de jeu, Obama apparaît comme un homme à part entière. En paix avec lui-même, il est capable de communiquer sereinement avec les gens. Autonome et autodidacte, il est conscient de ses forces et faiblesses. De tempérament chaleureux, il apparaît émotionnellement stable, réfléchi, ouvert d’esprit et capable de rire avec les gens. Il est ainsi une sorte d’inspiration pour un grand nombre.

En contrepartie, toute la personnalité de Trump repose sur l’indécence. Il est incapable de relations humaines normales. En dépit d’être né dans la richesse et d’avoir mené une vie dorée, il est anxieux et en guerre avec tout le monde. Opportuniste et grossier, il ne semble pas avoir d’amis, mais que des laquais. Incapable, d’autocritque, de son propre aveu, il ne ressent pas toute une gamme d’émotions humaines, allant de l’empathie à l’humour. Il avilit simplement tout ce qu’il touche.

Les psychologues affirment que les gens désirent fondamentalement détruire ce qui les menace. Or, par sa simple existence, Obama représente une menace pour Trump. Il projette une lumière qui le jette dans l’obscurité et ce dernier est incapable d’accepter cette situation. II doit donc détruire Obama personnellement, ainsi que son héritage.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.