L'obscure transparence du maire Cloutier

Durant la dernière campagne électorale municipale et lors de leurs élections, le maire de Lac-Mégantic, Jean-Guy Cloutier, et ses conseillers ont martelé à travers les assemblées politiques et les médias leur principale promesse électorale, celle de la transparence la plus complète sur les informations concernant les dossiers municipaux traités par le nouveau conseil municipal au cours du mandat 2015-2017.
Aujourd'hui, après bientôt deux années de gouvernance, force est de constater que cet important engagement pris par le maire de Lac-Mégantic et son conseil n'a pu résister à l'usure du temps et du pouvoir. À titre d'exemple, mentionnons seulement les dossiers de la voie de contournement ferroviaire et celui de la nouvelle caserne de pompiers.
À cet effet, depuis juin 2016, le maire et son conseil se cachent derrière le principe de la confidentialité absolue afin de ne divulguer aucune information concernant l'évolution du dossier de la voie de contournement ferroviaire. Maintes fois questionnés sur le sujet par les représentants de la Coalition des citoyens et organismes pour la sécurité ferroviaire, lors des séances du conseil municipal, le maire et son conseil sont demeurés muets et amnésiques sur tout indice d'évolution de l'un des dossiers les plus importants de leur mandat.
Un autre exemple concret de non-transparence a été récemment relevé dans un dossier tout aussi important concernant la construction de la future caserne de pompiers. Cette dernière est appelée à desservir les citoyens des municipalités de Lac-Mégantic, Nantes, Ste-Cécile, Marston, Piopolis et Frontenac. Dans ce contexte, aucune information n'a été divulguée publiquement à la population de Lac-Mégantic par le maire Cloutier et son conseil concernant le choix de l'emplacement physique de cette importante infrastructure intermunicipale, dont le coût avoisine les 8,4 millions $. Rien dans les récents avis publics émis ou lors des assemblées du conseil municipal n'indique que le maire et son conseil ont opté pour un terrain situé sur le boulevard Stearns, à moins de 100 pieds de la voie ferrée localisée au centre-ville.
Ce terrain est situé entre l'actuelle gare ferroviaire et le Musi-Café. Une récente demande d'accès à l'information nous a cependant appris que ce terrain est la propriété de la compagnie ferroviaire CMQR (Central Maine & Québec Railway). Ces informations nous indiquent aussi que la Ville songe à échanger ce terrain à haut potentiel de contamination (gare de triage) contre d'autres terrains du parc ferroviaire qu'elle possède au centre-ville. Dans cette logique, la Ville de Lac-Mégantic ne tiendrait nullement compte du facteur de dangerosité que représente la localisation de ce terrain convoité en raison de sa trop grande proximité de la voie ferrée, soit à une centaine de mètres du lieu de la tragédie ferroviaire du 6 juillet 2013.
Afin d'éclairer davantage nos décideurs, on apprenait dans le journal La Tribune du 3 mars 2017 à la page 12, que la Ville de Magog qui se construit aussi une nouvelle caserne de pompiers a remis en question le choix du terrain privilégié en raison de sa grande proximité d'une voie ferrée. Le chef de pompiers de Magog a réussi à convaincre le conseil municipal de changer d'option relativement au choix du terrain sélectionné : « Le directeur du Service incendie s'est vite aperçu que le site retenu présentait un problème majeur. La caserne aurait été près d'une voie ferrée. C'est un élément qui accrochait beaucoup. Ça signifie que si un problème était survenu sur les rails, les pompiers auraient pu être touchés, ce qui n'est évidemment pas souhaitable, explique M. Collins. »
Pour la Coalition des citoyens OESF, il demeure très discutable et non stratégique d'échanger des parties de terrains du centre-ville appartenant à la Ville de Lac-Mégantic sur lesquels elle a reconstruit en 2014 une infrastructure de rails neufs payés par les contribuables contre un morceau de terrain non aménagé près de la rivière Chaudière et potentiellement très contaminé, appartenant à la CMQR.
C'est tout un cadeau que le conseil de ville s'apprête à faire à la CMQR. On ne sait même pas si la CMQR aura la décence de décontaminer ce terrain avant de l'échanger à la Ville pour la construction de la future caserne de pompiers.
Si on se base sur les estimations récentes de décontamination des terrains de Services Canada et Billots Sélect, on peut imaginer facilement de dépenses additionnelles dépassant les 500 000 $ pour la Ville de Lac-Mégantic et les municipalités concernées. De plus, il faut considérer que Lac-Mégantic perdra sans doute, après la signature de cet acte d'échange de terrains, toute possibilité de négociation avec la CMQR ou d'éventuels acquéreurs concernant le transport des matières dangereuses et de pétrole au centre-ville.
Avec la reprise de l'exploitation du pétrole de schiste aux États-Unis, annoncée récemment par le président Trump, imaginez que la CMQR décide prochainement de reprendre le transport massif de ce même pétrole explosif qui a causé la tragédie du 6 juillet 2013 sur ses rails du centre-ville de Lac-Mégantic, à moins de 100 pieds de la nouvelle caserne de pompiers, afin de l'acheminer à la raffinerie de Irving au Nouveau-Brunswick.
Une fois cet échange de terrains réalisé, les conditions du bail signé en juin 2014 entre Lac-Mégantic et la CMQR risquent de tomber et notre municipalité n'aura plus aucun pouvoir de négociation ou de rapport de force avec cette compagnie ou son futur acquéreur. De plus, une fois propriétaire de tout le tracé ferroviaire du centre-ville de Lac-Mégantic, rien n'incitera plus la CMQR à donner son accord et à s'impliquer dans la construction de la voie de contournement, si chère aux Méganticois. Après avoir abandonné sa poursuite contre le CP, notre municipalité se jette maintenant dans la gueule du loup!
Robert Bellefleur, porte-parole CCOESF