L'islamophobie à Sherbrooke

Au cours des derniers mois, plusieurs structures de recherche et d'enseignement de l'Université de Sherbrooke, des regroupements communautaires interculturels ainsi que la ville de Sherbrooke ont souhaité promouvoir une activité de dialogue interculturel en organisant tout au long d'avril une exposition «Québécois (e) s, musulman (e) s et après?» à la bibliothèque Éva-Senécal de Sherbrooke.
Cette exposition, qui présente des portraits de citoyens et citoyennes de confession musulmane, vise à illustrer la multiplicité et la richesse des engagements citoyens musulmans dans notre société.
Deux de ces portraits (...) ont été vandalisés. (...). Et par ce vandalisme, l'un des maux les plus abjects de notre société s'est à nouveau exprimé. Il s'agit ici de l'islamophobie.
(...). En diffusant les préjugés les plus simplistes et en les notant sur les portraits de citoyens musulmans, il les prive de leur pleine humanité. Il refuse, aux Québécois et Québécoises de confession musulmane, toute possibilité de faire société, les attaquant précisément dans des situations où ils contribuent activement à améliorer la société.
Un acte isolé, dira-t-on? Une personne mal intentionnée qui ne reflète pas toute la société sherbrookoise? Peut-être. Mais il s'agit aussi et surtout d'un acte islamophobe qu'il faille condamner et dénoncer, comme toutes les attitudes et les actes racistes. (...).
Ainsi que rapporté lors du forum contre le racisme et les discriminations tenu par l'organisme Rencontre interculturelle des Familles de l'Estrie, en mars dernier, les citoyennes et citoyens musulmans, immigrants et des minorités ethniques, vivent au quotidien des actes de racisme, dit ordinaire, celui qui fait mal et qui blesse, mais dont ils n'osent pas parler, ne voulant pas se victimiser, ni attirer encore plus le regard sur eux.
Et pourtant il faut en parler, dire et répéter que le racisme, l'islamophobie, ce n'est pas normal, ce n'est pas une opinion banale, ce n'est pas la liberté d'expression. Dénoncer cet acte contre une exposition artistique de rapprochement interculturel est notre responsabilité à toutes et tous (...).
Ce n'est pas contre les racistes qu'il faut lutter mais bien contre le racisme et toutes ses manifestations. Pour cela, on voit que nous avons encore beaucoup de chemin à faire, beaucoup d'expositions et de rencontres interculturelles à promouvoir pour continuer de combattre les préjugés encore trop présents dans notre société.
David Koussens, Université de Sherbrooke
Michèle Vatz Laaroussi, Université de Sherbrooke
Élisabeth Garant, Centre justice et foi/Revue Relations
Abdelaziz Laaroussi, Rencontre interculturelle des familles de l'Estrie
Ève Torres, LaVOIEdesFemmes