Cette affaire soulève plusieurs questions. Comment un drame aussi horrible peut-il survenir aujourd’hui?

L’inexplicable

Le Québec a été secoué la semaine dernière par le décès tragique d’une enfant de deux ans. Le corps de la petite Rosalie Gagnon a été découvert dans un bac à ordures d’une résidence de Charlesbourg, en banlieue de Québec. Elle a été assassinée à l’aide d’un couteau et sa mère est détenue comme témoin important dans cette affaire. Ministre responsable de la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois vient d’ordonner la tenue d’une enquête par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse afin de faire toute la lumière dans cette histoire sordide.

Les premiers éléments de l’enquête policière démontrent que la jeune mère était fortement intoxiquée par les drogues. Le Soleil a révélé que la jeune femme avait cessé d’assister depuis plusieurs semaines déjà aux rencontres de Narcotiques anonymes, un organisme créé pour aider les toxicomanes à se libérer de l’emprise des drogues.

Cette affaire soulève plusieurs questions. Comment un drame aussi horrible peut-il survenir aujourd’hui? 

Était-il possible d’intervenir auparavant et de faire davantage? Où commencent et où s’arrêtent les droits des parents? Pourquoi personne n’a réagi et pourquoi la jeune femme n’a pas demandé d’aide? La ministre Charlebois veut notamment savoir si le réseau de la santé et des services sociaux a failli à sa tâche.

Il est difficile à ce moment-ci d’évaluer le travail des services sociaux. La Loi sur la protection de la jeunesse interdit à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de dévoiler si le cas de la petite Rosalie lui avait été signalé. Cette organisation va d’ailleurs tout faire afin qu’un enfant puisse demeurer auprès de ses parents. Ce n’est qu’en dernier recours, soit lorsqu’il n’y a aucune collaboration de la part du ou des parents ou qu’il y a des risques pour sa sécurité et son intégrité physique, qu’un enfant est retiré de son milieu familial.

Cette approche se défend très bien d’un point de vue logique. L’expérience a démontré que les dommages chez un enfant sont moindres lorsque celui-ci demeure dans sa famille. Être séparé de sa mère et placé en famille d’accueil est loin d’être banal pour un enfant. On s’entend, une situation de violence et de consommation abusive de drogues ne représente pas l’idéal. La petite Rosalie était peut-être elle-même intoxiquée. Reste que ce genre de milieu demeure préférable à un placement dans une famille d’accueil, du moins aux yeux de la DPJ. La directrice de la région de Québec confirme d’ailleurs que le cas de la petite Rosalie n’est pas unique. Des toxicomanes peuvent conserver la garde de leur enfant du moment que certaines conditions sont respectées.

Il n’est jamais facile de briser une famille et de séparer un enfant de ses parents. On peut comprendre l’hésitation des services sociaux avant d’en arriver à cette solution de dernier recours. Des drames comme celui de Rosalie Gagnon sont tout autant inexplicables qu’inévitables. Aucun système n’est parfait et il y aura toujours des failles qui permettront des ratés. Pourtant, la mort de cet enfant ébranle tout le Québec parce qu’il met en lumière l’échec de notre société à protéger les plus faibles. Pourquoi personne n’est intervenu et la DPJ avait-elle les moyens et les ressources pour agir? Malgré tous les efforts déployés, une gamine de deux ans a perdu la vie dans des circonstances atroces. Serait-il temps au Québec de revoir le droit absolu des parents à l’égard des enfants et pourquoi pas la responsabilité de la société?