Pour le président de l’AQCPE, Louis Sénécal, tout passe par la formation des éducatrices et éducateurs, le nombre d’enfants sous leur responsabilité et un environnement adapté.

L’inégalité des chances

ÉDITORIAL / L’égalité des chances fait partie du discours de l’heure au Québec, mais des obstacles se dressent encore devant ces beaux principes pour ce qui est de la réussite éducative, de la petite enfance à l’école secondaire.

Car, 20 ans après la création des Centres de la petite enfance (CPE) la qualité des services éducatifs n’est pas toujours au rendez-vous, ce qui, inévitablement, compromet l’égalité des chances des enfants.
C’est du moins ce que soutient l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE).

Une étude de l’Institut de la statistique du Québec («Grandir en qualité») citée par l’AQCPE, effectuée de 2003 à 2014, démontrerait que seulement 10 à 20 pour cent des garderies non subventionnées offriraient des places de qualité jugée bonne ou excellente, une proportion qui atteindrait 45 pour cent dans les CPE subventionnés par l’État.

Pour le président de l’AQCPE, Louis Sénécal, tout passe par la formation des éducatrices et éducateurs, le nombre d’enfants sous leur responsabilité et un environnement adapté.

Il y a donc des lacunes dans un système qui, au mieux, offre un service de qualité à 45 pour cent, ce qui nécessite évidemment un réinvestissement de l’État dans les services de garde qui ont subi des compressions totalisant 500 millions $ ces dernières années.

De même, il est un peu étonnant que 39 000 enfants soient confiés à des services de garde non régis par le ministère de la Famille et n’aient de ce fait peu ou pas de comptes à rendre, notamment en ce qui a trait aux antécédents judiciaires des éducateurs et éducatrices, à leur comportement ou à l’état des lieux.

Par exemple, la garderie privée de l’arrondissement de Rock Forest visée par une plainte concernant le rudoiement d’un enfant ne sera probablement pas réprimandée pour les gestes présumés de la responsable, mais devra répondre uniquement du dépassement du ratio autorisé pour les services de garde en milieu familial, actuellement de 6 enfants excluant ceux de l’éducatrice.

Le projet de loi 143 (Loi visant à améliorer la qualité éducative et à favoriser le développement harmonieux des services de garde éducatifs à l’enfance), présentement à l’étude en commission parlementaire, prévoit maintenir ce ratio à 6 enfants, mais incluant dorénavant ceux de l’éducatrice.

De plus, le ministre de la Famille. Luc Fortin propose de soumettre les garderies en milieu familial non régies à trois mesures : vérification des antécédents judiciaires, obligation de détenir une assurance en responsabilité civile et certificat de cours de secourisme.

Il faut respecter la liberté de choix des parents, mais le  projet de loi 143 ne comporte à peu rien pour le moment sur la qualité des services, l’expérience des éducatrices ou les programmes éducatifs dans les services de garde non régis, ce que dénonce évidemment l’AQCPE.

Une bonne part du développement intellectuel et émotif de l’enfant se fait entre la naissance et son entrée à la maternelle, d’où la nécessité d’éducatrices et d’éducateurs compétents et d’un environnement adapté, en particulier pour les enfants avec des difficultés d’apprentissage ou issus de milieux difficiles.
De la qualité des services en milieu de garde dépend aussi le développement et le succès des futurs étudiants, donc l’égalité des chances.

Le défi est donc aussi en aval : l’écrémage scolaire, c’est-à-dire la sélection des élèves dans le réseau public de l’éducation pour des classes à vocations particulières, au niveau secondaire, et dans le réseau privé ce qui, selon Le Mouvement l’école ensemble, conduit à l’exclusion des élèves avec des besoins particuliers ou dont les parents ont peu de moyens financiers.

Cela peut aussi contribuer à l’alourdissement des classes régulières et bien souvent à miner la confiance des élèves que l’on semble considérer comme « ordinaires ».

Décidément, la question de l’égalité des chances, de la garderie au secondaire, devra faire partie des enjeux de la prochaine campagne électorale à l’automne 2018.