L’industrie des résidences pour aînés, pas de valeur ajoutée?

Monsieur le premier ministre, Vous avez déclaré mardi que les résidences pour aînés ne constituent pas un « secteur stratégique » dans lequel « il y a beaucoup d’exportations ». Soit. Il y aurait cependant lieu d’apporter quelques précisions à vos propos qui allaient aussi dans le sens que c’est un secteur qui « n’a pas de valeur ajoutée et qui n’aide pas le développement économique du Québec ». En fait, et les chiffres le démontrent avec éloquence, on peut plutôt parler d’un véritable moteur économique pour notre société.

On dénombre actuellement près de 1800 résidences pour aînés au Québec, totalisant 133 000 logis. Une récente étude réalisée par la firme Altus révèle des dépenses annuelles de 697 M$ en biens et services, de 205 M$ en services publics et de 187 M$ en taxes foncières. Ces sommes contribuent clairement à l’essor économique québécois.

Il y a certes un grand nombre de petites résidences pour aînés qui vivent de graves difficultés financières (plus de 450 fermetures depuis 2014), mais le « côté givré » de notre secteur fait état de 70 projets de construction (livrables d’ici 24 mois), représentant environ 15 000 unités de location. On parle d’investissements de fonds privés s’élevant à près de 3 milliards de dollars.

C’est bien connu, les prévisions démographiques du Québec font état d’une forte croissance de la population âgée au cours des prochaines années. En préservant le taux d’attraction actuel de 18,4 % (un aîné de 75 ans et plus sur cinq habite dans une résidence pour aînés), de loin le plus fort taux au Canada, il faudra un apport additionnel de 55 000 logis d’ici 2028. En calculant le coût de construction moyen par logis en 2018 (incluant le terrain) et une indexation annuelle de 2,3 %, cet ajout représente des investissements additionnels de près de 13 milliards de dollars, toujours dans le même horizon.

Les dépenses d’exploitation anticipées des résidences pour aînés seront approximativement de quatre milliards de dollars dans dix ans, soit une augmentation de plus ou moins 80,6 % par rapport aux dépenses observées en 2018. De plus, on dénombre actuellement 42 300 emplois dans le secteur et 1000 nouveaux postes devront être créés annuellement au cours de la prochaine décennie afin de répondre aux besoins des citoyens que nous logeons. 

Mais au-delà des chiffres, il y a plus important pour nous comme pour vous : le bien-être des aînés. Les fermetures de petites résidences situées principalement en région périphérique sont chaque fois un drame profond. Oublions l’aspect économique et aidez-nous à soutenir ces milieux de vie afin de permettre à ceux qui ont bâti le Québec de demeurer au sein de leur communauté. Cela ne contribue peut-être pas tant au développement économique à grande échelle, mais, croyez-moi, c’est de la valeur ajoutée qui, faut-il le rappeler, constitue un partenariat essentiel pour le réseau public de santé qui ne peut assumer seul la grande responsabilité de prendre soin de nos aînés. 

L’industrie des résidences pour aînés vous tend la main, Monsieur le premier ministre, afin que nous puissions, ensemble, continuer à loger et à prendre soin avec dignité de ceux et celles qui ont fait du Québec cette société que nous chérissons.

Yves Desjardins
Président-directeur général
Regroupement québécois des résidences pour aînés