Le prix de l’essence à Sherbrooke fait rager bien des automobilistes depuis quelques mois.

L’inacceptable absence de concurrence

ÉDITORIAL / Le prix de l’essence à Sherbrooke fait rager bien des automobilistes depuis quelques mois. Avec raison! La situation est inexplicable et inacceptable. Les consommateurs perdent quelques dollars à chaque plein d’essence.

Nous examinons la situation de plus près depuis plusieurs semaines. Sur le territoire de Sherbrooke, où il y a pourtant de nombreux détaillants d’essence, le prix affiché partout est de 112,4 cents pour le litre d’essence ordinaire. Lundi encore, CAA-Québec indiquait que le prix moyen en Estrie est de 112,5 cents le litre alors que le prix réaliste devrait être de 105,8 cents le litre. Pour 50 litres, on débourse au moins trois dollars de plus pour un plein.

Pire, à Québec, lundi, l’essence se vendait à 102,6 cents à bien des endroits, soit 10 sous de moins qu’à Sherbrooke. Avec pareil écart, un plein de 50 litres effectué à Québec par un Sherbrookois lui aurait fait économiser cinq dollars.

Le plus choquant dans les observations effectuées au cours des dernières semaines est le fait que le prix affiché est généralement beaucoup plus bas partout autour de la grande région de l’Estrie. C’est vrai à Drummondville, Victoriaville et Thetford Mines. Même sur l’autoroute 20 entre Drummondville et Québec, le prix affiché est moins élevé qu’à Sherbrooke. 

Plusieurs ont très hâte à l’arrivée des pompes à essence au nouveau Costco projeté à Sherbrooke. Certes, Costco a une influence à la baisse sur les prix affichés dans plusieurs marchés. Cela dit, comment expliquer alors que les prix à Victoriaville et Thetford Mines, qui n’ont pas un Costco, soient plus bas? Incidemment, l’essence était à 104,4 le litre à Thetford Mines vendredi dernier.

Pourtant, Thetford Mines est une ville plus petite que Sherbrooke. Il y a moins de détaillants. Pourquoi avons-nous pu observer à une même intersection de cette ville, il y a un peu plus de deux semaines, des écarts de deux sous le litre entre deux détaillants affichant la bannière de deux grandes pétrolières également très présentes partout à Sherbrooke?

Nous n’avons pas remarqué un écart de prix à la même intersection de Sherbrooke depuis trop longtemps. Si cela est arrivé, c’était sûrement pendant un très court délai. La très grande stabilité des prix à Sherbrooke est totalement incompréhensible. 

CAA-Québec dénonce la situation avec raison. « Nous ne voyons pas ce qui pourrait expliquer dans le domaine pétrolier la politique des prix en Estrie. Ça ne respecte pas la concurrence et la dynamique de la compétition sur les prix dans un libre marché », a déploré dans nos pages Pierre-Olivier Fortin, conseiller en communication à CAA-Québec.

Pourtant, les Sherbrookois ont encore frais à la mémoire d’avoir été les victimes d’un cartel de l’essence. En 2004, le Bureau de la concurrence avait ouvert une vaste enquête à la suite d’allégations faisant état d’un complot ourdi par des détaillants et des pétrolières pour fixer le prix à la pompe dans différentes régions. À Sherbrooke et dans la grande région, des détaillants et des pétrolières ont été condamnés entre 2008 et 2017.

Faut-il à nouveau que la Chambre de commerce de Sherbrooke dénonce la grande stabilité des prix à Sherbrooke et le manque de concurrence? Faut-il de nouvelles vérifications du Bureau de la concurrence? Faut-il que les élus représentant les citoyens de Sherbrooke demandent publiquement des explications ou une enquête? 

Le Bureau de la concurrence dit qu’il fait enquête « lorsqu’il a des preuves de fixation des prix ou d’autres comportements anticoncurrentiels dans le secteur de la vente d’essence au détail. »  À Sherbrooke, la situation doit changer.